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Commémoration des massacres de Fizi-Itombwe : Il est temps de recourir à la lutte contre l’impunité, à la justice transitionnelle (Denis Mukwege)

Les habitants de l'espace Fizi-Itombwe ont commémoré du 29 au 30 décembre 2021 les massacres de Makobola et de ses environs dans l'espace Fizi-Itombwe en province du Sud-Kivu.

Les cérémonies commémoratives ont eu lieu à Mwandiga dans la ville de Baraka où en date du 14 juillet 1999, des rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie "RCD avaient brûlé vives dans une maison plus de 60 personnes.  

A l'occasion, le prix Nobel de la Paix 2018, Dr. Dénis Mukwege, a, dans son allocution lue par M.  Roger Buhendwa, chargé des plaidoyers à la Fondation Panzi, fait savoir qu'en ces temps où certains esprits retors s’emploient à des manœuvres négationnistes et révisionnistes, où certains responsables du pays cèdent à ces manipulations par distraction ou par opportunisme, continuer ainsi à honorer ces morts, vingt-trois ans après, est véritablement un acte de responsabilité, de résistance et de dignité.  

"Aujourd’hui, vous êtes rassemblés dans la gravité pour saluer respectueusement la mémoire de nos frères, nos sœurs et nos enfants, victimes innocentes de cette machine de la mort. Vous êtes réunis dans la douleur car ce massacre de Makobola a profané ce qu’il y a de plus sacré : la vie humaine.  Vous êtes réunis pour réclamer justice car sous aucun prétexte, l’horreur vécue par les victimes ne peut être reléguée aux archives de l’histoire. Vous êtes réunis afin que la mémoire ne s’efface pas. Vous êtes réunis pour écrire à l’encre de l’honneur que la mémoire des victimes est éternelle. Ces frères et sœurs ont été envoyés à la mort par une machine prédatrice. Aujourd’hui, elle tente de réécrire l’histoire dans le but de leur renier l’humanité une seconde fois", dit le Prof. Dr. Dénis Mukwege.   



Le prix Nobel de la Paix 2018 partage la douleur des rescapés et la peine des familles éprouvées qui depuis deux décennies survivent au prix d’atroces souffrances silencieuses. Pour lui, leur douleur est l’emblème des blessures enfouies que décuple l’impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes.  

"Commémorer cette date, c’est briser l’armure de l’indifférence qui couvre ce crime. Commémorer cette date, c’est donc résister vaillamment contre l’oubli des massacres de Makobola, mais aussi ceux de Lemera,  Katogota, Mutarule, Kiliba, Kasika, Mwenga, Kaniola, Kaziba, Kenge et de tant d’autres régions de notre pays. Pour traverser les âges, cette mémoire traumatique ne doit pas être célébrée seulement tous les 30 de décembre. Elle doit en plus, accompagner nos actions pérennes à l’échelle locale, nationale et internationale. C’est notre devoir en tant que peuple de perpétuer la mémoire de nos victimes. Commémorer cette date, c’est aussi rappeler que tout au long de sa longue lutte pour sa dignité, de l’esclavage à aujourd’hui, notre peuple a connu des terribles épreuves. Il a parfois mis un genou à terre, mais jamais il n’a jeté l’éponge. Et le mot résistance a une résonance particulière sur ces terres indociles de Fizi", interpelle-t-il. 

Le Dr. Denis Mukwege a rappelé que toute la communauté a le devoir de transmettre cette mémoire de ténacité aux jeunes et aux enfants, leur rappeler que leurs ancêtres ses sont toujours relevés des épreuves, ainsi que leur inculquer la résilience de sa génération qui ne s’est pas laissée ébranlée par le carnage qui a causé 5,4 millions de morts  en République Démocratique du Congo pour la seule période de 1998 à 2003, selon le rapport bien connu de l’ONG américaine "International Rescue Committe (IRC)".

Un cataclysme qui a fait du conflit dans le pays le plus meurtrier depuis la deuxième guerre mondiale.  

Pour lui, cet acte de commémoration des massacres symbolise l'appartenance de la population de Fizi-Itombwe à un des chapitres douloureux de l’histoire de la Nation et symbolise aussi la communauté de destin avec les victimes d’aujourd’hui à Beni, en Ituri et ailleurs.  

  "L’histoire nous apprend que partout où l’on a empêché les gens de pleurer leurs morts, de réclamer justice et réparations pour les leurs, le feu de la rage enfouie sous les cendres de la banalisation s’est, tôt ou tard, réveillé comme un volcan pour tout décimer sur son passage. Les exemples sont légion dans notre région des Grands-Lacs, en Afrique et dans le monde.Nous devons faire en sorte que notre population et surtout notre jeunesse n’oublie pas son histoire; car un peuple qui oublie son histoire donne libre cours à la réédition de ses tragédies. Et, comme a dit le Marechal Foch, « un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir »", renchérit-il.  

Le prix Nobel pour la Paix, Dénis Mukwege, estime que dans le cadre de la justice transitionnelle, il est important que les victimes des exactions aient une place de choix dans un procès répressif. Elles devraient, selon lui, avoir la possibilité de s'exprimer sur les abus dont elles ont été victimes car ayant droit de savoir qui en sont les auteurs et quels étaient leurs mobiles.   

"Les victimes gardant souvent un traumatisme enfoui de crimes subis, elles ont droit à la vérité, à des réparations et aussi de savoir que leur bourreaux ont été condamnés pour leurs crimes. Telle est la raison de notre plaidoyer au niveau national et international pour que les milliers des veuves, des veufs, d’orphelins, des familles éplorées de Makobola et de toutes les régions de notre pays soient enfin entendues. Que les tribunaux se saisissent de leurs dossiers, que le droit soit dit et que justice soit faite", recommande-t-il.   

Le Dr. Denis Mukwege a assuré  de toute sa compassion et invité à l'union des forces dans le plaidoyer pour la mise en œuvre des résolutions du Rapport Mapping. 

"Avec la justice pour tous, j’ai l’espoir que sur ce sol sanglant de Makobola, germeront les graines d’une paix durable. Gardons foi dans l’avenir. N’oublions jamais que la force de l’amour a toujours triomphé sur la haine et la barbarie.Quelles que soient nos origines sociales, communautaires, ethniques, quelles que soient nos différences nous sommes appelés à faire humanité ensemble. Alors, marchons ensemble sur le chemin de l’espérance et de la paix. Ce sera le plus bel hommage que nous rendrons à nos martyrs", conclut-il.  

Selon le Rapport Mapping de Nations Unies, le  30 décembre 1998 au 2 janvier 1999, des éléments de l’ANC/APR/FAB ont tué plus de 800 personnes dans les villages de Makobola II, Bangwe, Katuta, Mikunga et Kashekezi, dans le territoire de Fizi, à 24 kilomètres au sud d’Uvira. Les militaires ont également commis de nombreux pillages et destructions.

Un grand nombre de femmes et d’enfants, de volontaires de la Croix-Rouge et de responsables religieux figuraient au nombre des victimes.

Les militaires avaient accusé la population civile de collaborer avec les Mayi-Mayi qui avaient tué le 29 décembre 1998 à Makobola des commandants de l’APR et de l’ANC.

Alors que les Mayi-Mayi, qui contrôlaient jusque-là Makobola II, s’étaient repliés dans les montagnes environnantes, les militaires ont tiré sans discrimination sur les civils du village. Certaines des victimes sont mortes brûlées vives dans des maisons incendiées par les militaires.

Commentaires (Total : 1)

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Roger BUHENDWA 06/01/2022 19:28:11

Nous devons nous lever comme un peuple et dire: plus jamais ça ?

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