RDC : remaniement en vue, les ministres s’affichent dans une étrange campagne de séduction médiatique
Depuis l’annonce implicite d’un prochain remaniement ministériel par le président Félix Tshisekedi lors du Conseil des ministres du 25 juillet, une agitation inhabituelle secoue la sphère politique congolaise.
Ministres, aspirants et soutiens se sont engagés dans une vaste campagne médiatique, à grand renfort de déclarations dans la presse et sur les réseaux sociaux, pour justifier leur maintien ou leur entrée au gouvernement.
Une ambiance de “casting politique” qui divise
Entre bilans flatteurs, soutiens communautaires affichés, autopromotion zélée ou critiques ciblées à l’encontre de certains ministres en poste, la scène politique congolaise s’est transformée en véritable vitrine de plaidoyers personnels. L’objectif ? Tenter de peser sur les choix du chef de l’État.
Mais cette dynamique, dénoncée par plusieurs observateurs, a rapidement suscité moqueries et indignation, y compris à l’étranger. Loin d’un exercice de redevabilité démocratique envers les citoyens, cette mise en scène est perçue comme une opération de charme dirigée uniquement vers le président Tshisekedi, seul détenteur du pouvoir de nomination des ministres.
Une habitude bien installée ?
Ce n’est pas la première fois que les membres du gouvernement se livrent à cet activisme stratégique. En février dernier, après la chute temporaire de Goma et Bukavu face à l’offensive du M23, certains ministres avaient précipitamment organisé des actions médiatiques de soutien à l’engagement militaire prôné par le chef de l’État.
Cette fois-ci encore, la démarche est dénoncée par des analystes comme un manque de respect pour l’autorité présidentielle. D’autant plus que la Présidence dispose déjà d’un Conseil présidentiel de veille stratégique, organe en charge de suivre et d’évaluer la mise en œuvre du programme gouvernemental — rendant théoriquement inutile ce déballage public improvisé.
« Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute », rappelait cette semaine Ithiel Batumike, chercheur à Ebuteli, dans le 30ᵉ épisode du podcast Po Na Biso. Il y voit une manœuvre politique classique visant à séduire le président plus qu’à servir l’intérêt général.
Une gouvernance à réinventer ?
Cette campagne informelle, aux airs de concours de popularité, interroge sur la maturité politique et institutionnelle en RDC. Elle révèle aussi les limites d’une gouvernance où la communication l’emporte parfois sur les faits, et où les réseaux sociaux deviennent un théâtre politique parallèle.
Alors que le président Tshisekedi promet un gouvernement « resserré et d’ouverture », les Congolais, eux, attendent des nominations basées sur les compétences, la probité et l’efficacité, non sur les applaudissements numériques ou les déclarations clientélistes.
