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Fridolin Ambongo à Kigali : l'Église catholique africaine appelle à la réconciliation entre la RDC et le Rwanda

C’est un rendez-vous aux allures d’acte de foi politique et spirituelle. Réunis depuis le 31 juillet dans la capitale rwandaise, les membres du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) entendent faire de leur 20ᵉ Assemblée plénière un tournant pour la paix sur le continent. Et c’est à Kigali, au cœur d’une région marquée par des décennies de tensions, que plus de 250 prélats catholiques, dont le cardinal Fridolin Ambongo, ont choisi de faire entendre un message fort : il est temps de bâtir la réconciliation.

La présence de l’archevêque de Kinshasa, également président du SCEAM, n’est pas anodine. « Le sang a trop coulé dans cette sous-région, et il continue de couler », a déclaré Fridolin Ambongo, insistant sur le caractère hautement symbolique de cette rencontre à Kigali, à l’heure où les relations entre la RDC et le Rwanda sont de nouveau sous tension, notamment à cause du conflit dans l’est du Congo.

Des gestes concrets pour dépasser les divisions

À travers cette assemblée triennale, les Églises veulent dépasser les discours et adopter une approche pastorale résolument tournée vers le dialogue. Une démarche saluée par le président rwandais Paul Kagame, qui a reçu une délégation d’évêques africains ce jeudi. Ces derniers, dont les représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), avaient déjà rencontré le chef de l’État en février dernier, posant les jalons d’un dialogue interreligieux régional.

« Ce que nous vivons ici est un moment de grâce », a affirmé Monseigneur Donatien N’shole, secrétaire général de la Cenco. « Le vivre-ensemble entre Congolais, Rwandais et Burundais est encore possible. Il faut briser les cycles de violence et imaginer une paix durable. »

Une vision à long terme : 2025-2050

Outre l'engagement pour la paix, l’un des grands objectifs de cette 20ᵉ assemblée est l’adoption d’une stratégie globale du SCEAM pour les 25 prochaines années. L’organisation ecclésiale entend renforcer sa présence sociale et politique dans les pays africains, en misant sur la formation, l’éducation, la justice sociale et la gouvernance éthique.

Le secrétaire général de la conférence épiscopale du Rwanda, Vedaste Kayisabe, a exprimé son optimisme : « Nous sentons que quelque chose de nouveau est en train de naître. Il y a de la détermination des deux côtés. Nous ne devons pas reculer. »

L’Église comme médiatrice continentale

L’Église catholique africaine se positionne aujourd’hui comme l’un des derniers grands relais de médiation, alors que les institutions régionales peinent à enrayer les crises. À Kigali, les évêques rappellent que la paix est une mission partagée, au-delà des frontières et des mémoires blessées. Le choix de cette ville, marquée par l’horreur du génocide de 1994, résonne comme un appel à la responsabilité collective.

En clôturant leurs travaux le 3 août, les prélats africains espèrent sortir de Kigali avec plus qu’un plan stratégique : un signal fort à l’adresse des peuples et des dirigeants africains. Car dans une région où les armes parlent encore trop fort, les voix de l’Église veulent ouvrir une autre voie.

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