RDC : le procès de Joseph Kabila en délibéré, la Haute Cour militaire écarte la peine de mort
La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a annoncé, ce vendredi, qu’elle rendrait sa décision dans le délai légal à l’issue du procès de l’ancien président Joseph Kabila.
Alors que la réouverture des débats avait été motivée par la convocation de trois témoins, les avocats de la République ont renoncé à leur comparution, invoquant des contraintes de sécurité.
Lors de leurs plaidoiries, les avocats de l’État ont demandé à la cour d’écarter la peine de mort au profit d’une condamnation à perpétuité. Ils ont également proposé de réévaluer les dommages et intérêts à 30 milliards USD, une somme colossale reflétant l’importance symbolique et financière du procès.
Le représentant de l’Auditeur général des FARDC a, de son côté, réitéré son réquisitoire. L’affaire est désormais mise en délibéré, dans l’attente de la décision finale.
De lourdes accusations contre l’ancien président
L’ancien chef de l’État, jugé par contumace, est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation : trahison, complicité avec le groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda, meurtre, viol, torture et participation à un mouvement insurrectionnel.
Le parquet l’accuse d’avoir soutenu les rebelles du M23, actifs dans l’est riche en minerais, et d’avoir comploté avec Kigali pour déstabiliser son successeur Félix Tshisekedi, qui l’a personnellement accusé d’être « le cerveau » derrière cette rébellion.
Les parties civiles réclament près de 46 milliards USD de réparations, en plus de la saisie de ses avoirs bancaires.
Kabila, de son côté, rejette en bloc les accusations qu’il qualifie d’« arbitraires », dénonçant une instrumentalisation de la justice par le pouvoir en place. Dans une vidéo publiée en mai (puis supprimée), il a accusé le régime Tshisekedi de dérive autoritaire, qualifiant le pays de « dictature » en proie à un « déclin de la démocratie ».
Ce procès intervient alors que les combats se poursuivent à l’est malgré un cessez-le-feu signé en juillet entre les rebelles et le gouvernement.
L’ONU et plusieurs pays occidentaux accusent le Rwanda de soutenir militairement le M23 et d’avoir déployé des milliers de soldats en RDC, ce que Kigali dément fermement, affirmant agir pour sécuriser sa frontière.
En mai dernier, le Sénat congolais avait levé l’immunité de Kabila en tant que sénateur à vie, ouvrant la voie à sa poursuite judiciaire.
Âgé de 53 ans, Joseph Kabila a dirigé la RDC pendant 18 ans, succédant à son père Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001. Il avait quitté le pouvoir en 2019, après une élection contestée remportée par Félix Tshisekedi.
Depuis deux ans, l’ex-président vivait en exil volontaire en Afrique du Sud avant de réapparaître à Goma, ville désormais occupée par les rebelles du M23.
Une affaire éminemment politique
Le procès divise profondément la classe politique congolaise.
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Pour Gordon Byaruhanga, proche de l’ancien président, cette affaire est « politiquement motivée » et finira par s’effondrer :
« Personne, pas même Tshisekedi lui-même, ne menacera Kabila. Il est déterminé à poursuivre un changement de leadership dans le pays et à unir tous les Congolais. »
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Ferdinand Kambere, ancien cadre du PPRD, dénonce une justice à « deux poids, deux mesures », estimant que le procès vise à écarter Kabila de la scène politique.
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Emmanuel Ramazani Shadary, ex-candidat à la présidentielle et fidèle de Kabila, a qualifié le procès de « théâtre » dont le verdict est déjà écrit.
De son côté, le vice-ministre de la Justice, Samuel Mbemba, a balayé ces critiques :
« La justice ne négocie pas, elle ne dialogue pas. Le calendrier de la justice est différent du calendrier politique. »
Jamais un ancien président n’avait été jugé dans de telles conditions en RDC. L’issue de ce procès inédit pourrait avoir des répercussions profondes sur l’équilibre fragile entre le pouvoir central et les provinces de l’est, toujours en proie aux violences armées.
