RDC : le Baromètre de la Paix alerte sur un pays au bord du chaos
Pendant que les négociations de paix piétinent à Doha et à Washington, la situation à l’Est de la République Démocratique du Congo continue de se dégrader à une vitesse inquiétante.
Selon le Baromètre Citoyen de la Paix, de la Sécurité et des Droits de l’Homme produit par la Coalition Pamoja kwa Amani (C-PKA), l’Est du pays s’approche d’un véritable chaos humanitaire.
Les affrontements reprennent de plus belle
Les combats entre les FARDC, les milices wazalendo et les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le Rwanda, ont repris sur plusieurs fronts.
Les drones CH-4 et les avions Sukhoi des FARDC bombardent quotidiennement les positions rebelles, mais c’est la population civile qui paie le prix fort : déplacements massifs, famine et violations graves des droits humains.
Luhihi : le site minier de Lomera fermé par le M23
Parmi les drames récents, la fermeture du site minier de Lomera à Luhihi (Territoire de Kabare) par les autorités de l’AFC-M23 alarme la C-PKA.
Le 30 août 2025, les rebelles ont sommé plus de 30 000 creuseurs artisanaux et commerçants de quitter les lieux sous la menace des armes.
Résultat : des milliers de familles sans revenus, des jeunes enrôlés de force, et des exécutions sommaires signalées.
Selon des sources locales, des investisseurs étrangers, notamment rwandais et chinois, auraient visité le site, laissant craindre une exploitation illégale au profit du mouvement armé.
« Empêcher la population de vivre de ses propres activités, est-ce cela une libération ? », s’indigne une commerçante rencontrée par la C-PKA.
Négociations stériles, guerre totale
Malgré la signature d’un mécanisme de cessez-le-feu à Doha et d’un accord de sécurité à Washington, les hostilités s’intensifient.
En octobre seulement, 27 violations du cessez-le-feu ont été documentées.
Le Parc National de Kahuzi-Biega, patrimoine mondial, devient une base arrière pour les groupes armés, entraînant déforestation, braconnage et exploitation illégale des ressources.
Twangiza Mining, cible de bombardements
Depuis la mi-octobre, les FARDC ont bombardé à plusieurs reprises l’usine aurifère de Twangiza à Mwenga, désormais sous contrôle du M23.
Kinshasa chercherait à priver les rebelles de leurs revenus miniers, quitte à détruire l’infrastructure.
Le M23, de son côté, dénonce un « crime de guerre ».
Insécurité galopante et droits humains bafoués
Rien qu’en octobre, la Coalition Pamoja kwa Amani a recensé :
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95 personnes tuées,
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60 corps sans vie retrouvés,
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195 enlèvements,
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111 attaques armées dans le seul Sud-Kivu.
Kabare et Bukavu figurent parmi les zones les plus touchées.
Les arrestations arbitraires, recrutements forcés et exécutions extrajudiciaires se multiplient, aussi bien du côté du M23 que des forces régulières et des milices wazalendo.
Les Wazalendo : une menace dans la menace
Le phénomène wazalendo, initialement né comme mouvement d’autodéfense, s’est mué en une nébuleuse incontrôlable.
Plus de 65 « généraux » autoproclamés, des enfants soldats, et de multiples factions s’affrontent pour le contrôle des villages.
La C-PKA dénonce de graves exactions : tortures, viols, exécutions et enrôlements forcés.
Le meurtre atroce d’un habitant de Katana, filmé et diffusé par des miliciens, en est la triste illustration.
Trump interpellé : “Le Président de la Paix” attendu au Kivu
Face à l’échec des médiations, la Coalition Pamoja kwa Amani en appelle à Donald Trump, qualifié de « Président de la Paix », pour imposer des mesures contraignantes et sanctions ciblées contre les belligérants.
Sans pression américaine, « la paix restera un leurre », avertit le rapport.
La balkanisation en marche silencieuse
Le M23 poursuit sa politique d’autonomisation administrative dans les territoires conquis :
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nomination de gouverneurs et bourgmestres,
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délivrance de documents officiels,
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et même mise en place d’un visa d’entrée dans les zones sous son contrôle.
Pour la C-PKA, cette mesure est un signal clair de balkanisation du pays.
Une note d’espoir
Le rapport se conclut sur une note positive : la juriste Marie-Rose Néné Bintu Iragi Mudekereza, membre de la coalition, a reçu à Bologne (Italie) le Prix international Daniele Po pour la défense des droits humains et la promotion de la paix.

Commentaires (Total : 1)
Daniel kagabi mude
Nous sommes devenus des mendiant a cause de la guerre Nous voulons la paix durable car nous souffrons à l'est du pays