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Fin de l’État de droit ? Shabani interdit les motions et protège les gouverneurs

Le vice-premier ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a surpris la classe politique congolaise en annonçant ce mercredi deux mesures jugées « urgentes » pour ramener la stabilité dans les provinces.

Parmi elles, la suspension des pétitions et des motions de défiance contre les gouverneurs et autres responsables provinciaux, jusqu’à nouvel ordre.

Selon M. Shabani, cette décision vise à juguler le cycle d’instabilité institutionnelle qui mine plusieurs assemblées provinciales, souvent secouées par des crises répétitives. « Nous devons préserver la continuité de l’État et protéger la gouvernance locale contre des querelles politiciennes qui fragilisent le développement », a-t-il déclaré devant les responsables provinciaux réunis à Kinshasa.

Mais la mesure, aussitôt annoncée, a provoqué une onde de choc dans les milieux politiques et sur les réseaux sociaux.
Pour Guillain Bakala, observateur politique, cette suspension soulève de graves interrogations :

« Je ne comprends plus rien dans cette histoire. On veut un État de droit ou son contraire ? Les gouverneurs ont-ils reçu la bénédiction du chef de l’État pour couvrir leurs détournements avérés et leurs mauvaises gestions passées ? »

Même son de cloche du côté d’Ab Carley, analyste constitutionnel, qui voit dans cette injonction une atteinte flagrante au principe de la séparation des pouvoirs :

« On prône la séparation des pouvoirs tout en s’ingérant dans le fonctionnement des assemblées provinciales dans leur rapport avec les exécutifs provinciaux. C’est une contradiction dangereuse pour la démocratie. »

Sur le terrain, certains élus provinciaux dénoncent une tentative de museler les institutions locales, alors que d’autres saluent une pause nécessaire pour permettre aux provinces de respirer après des mois de tensions politiques.

Entre volonté de stabilisation et risque d’autoritarisme, le geste de Jacquemain Shabani relance le débat sur l’équilibre fragile entre la décentralisation et le contrôle du pouvoir central à Kinshasa.
L’avenir dira si cette trêve politique servira réellement à pacifier les institutions ou si elle ouvrira la voie à une recentralisation rampante du pouvoir au détriment des libertés locales.

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