Pourquoi certains Congolais cherchent-ils un coupable dans l’élimination des Léopards ? Une dérive qui en dit long sur notre rapport à l’échec
Hier, les Léopards de la République démocratique du Congo ont vu leur parcours s’arrêter après une défaite cruelle face aux Fennecs de l’Algérie, 1 but à 0. Le but décisif a été inscrit à la 119ᵉ minute par Adil Boulbina, mettant fin aux espoirs congolais dans cette Coupe d’Afrique des Nations 2025.
Mais au-delà du score, c’est la réaction qui a suivi l’élimination qui interroge.
Très vite, sur les réseaux sociaux, le même scénario s’est répété : accusations, insultes, règlements de comptes. Un joueur pointé du doigt. Un entraîneur cloué au pilori. Une décision arbitrale transformée en excuse absolue. Comme si la défaite devait nécessairement avoir un responsable à sacrifier.
Pour Mike Tambwe, Congolais vivant au Canada et partisan assumé des Léopards, cette attitude est plus préoccupante que le résultat lui-même.
« Ce n’est pas la défaite qui me dérange. C’est cette obsession de toujours chercher un coupable. Comme si perdre était inacceptable, comme si quelqu’un devait payer pour ça. »
Selon lui, le football est souvent mal compris dans notre rapport émotionnel au succès et à l’échec.
« Le football ne nous doit rien. La victoire n’est pas un droit. L’effort, même immense, ne garantit rien. Un match peut basculer sur deux centimètres, une seconde d’inattention, un moment de lucidité. »
Et pourtant, ce sont ces détails qui transforment un joueur en héros ou en incapable, un entraîneur en génie ou en imposteur, parfois en l’espace de quelques minutes.
« On change de discours avec une facilité déconcertante. Hier on applaudissait, aujourd’hui on insulte. Ce n’est plus du sport, c’est un exutoire. »
Car au fond, cette violence verbale dépasse largement le cadre du football.
« Ce match agit comme un miroir. Il révèle notre impatience, notre difficulté à accepter l’échec, notre besoin que quelqu’un gagne à notre place quand la vie nous résiste. »
Hier, les Léopards n’ont pas perdu leur dignité, ni leur valeur. Ils ont perdu un match, dans un contexte de très haut niveau, face à une grande équipe. Mais la brutalité des réactions observées en ligne pose une question essentielle : sommes-nous capables de soutenir sans détruire ?
La Coupe d’Afrique des Nations, elle, continue.
Programme des quarts de finale – 9 et 10 janvier 2026
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Mali – Sénégal, vendredi 9 janvier, 17 h, à Tanger
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Cameroun – Maroc, vendredi 9 janvier, 20 h, à Rabat
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Nigeria – Algérie, samedi 10 janvier, 17 h, à Marrakech
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Côte d’Ivoire – Égypte, samedi 10 janvier, 20 h, à Agadir
Ce tableau réunit le tenant du titre, la Côte d’Ivoire, des géants historiques comme l’Égypte et le Cameroun, ainsi que des sélections en pleine ascension comme l’Algérie et le Maroc. Le spectacle continue, avec ou sans nous… mais toujours avec la même question : saurons-nous aimer le football sans chercher un coupable à chaque défaite ?
