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Guerre économique annoncée : le M23 menace de prendre le bétail des fermiers dans la plaine de la Ruzizi

Dans la plaine fertile de la Ruzizi, autrefois symbole de résilience et de prospérité agricole, la peur a désormais remplacé l’espoir. Depuis plusieurs jours, des menaces attribuées à la rébellion du M23 circulent à travers des canaux informels, audios et messages relayés sur les réseaux sociaux. Elles visent directement les fermiers et éleveurs de toute la plaine d’Uvira, de Kiliba jusqu’aux localités environnantes.

Selon ces messages, les fermiers seraient sommés d’envoyer toutes leurs vaches vers Bwegera, sans berger, sous peine de représailles. Une exigence brutale, perçue par les victimes comme une spoliation déguisée et une condamnation à mort de leurs moyens de subsistance.

Une économie paysanne prise en otage

Pour les habitants de la plaine de la Ruzizi, l’élevage n’est pas un luxe, mais une question de survie. Des années d’investissements, de sacrifices et de travail acharné risquent de s’effondrer en quelques heures.

« On nous demande d’abandonner nos vaches, de les envoyer seules, comme si elles n’avaient aucune valeur. Mais ces vaches, ce sont nos banques, nos assurances, l’avenir de nos enfants », témoigne un éleveur de Kiliba, la voix tremblante.

L’absence de berger dans cette prétendue “expédition” renforce les soupçons d’un pillage organisé. Pour de nombreux fermiers, il ne fait aucun doute que ces troupeaux ne reviendront jamais.

La peur comme mode de gouvernance

Dans les villages de la plaine, la psychose est palpable. Les fermiers n’osent plus se rendre aux champs, encore moins déplacer leurs bêtes. Les discussions se font à voix basse, les téléphones sont écoutés avec méfiance, et chaque message audio devient une source d’angoisse.

« Nous avons investi toute notre vie dans l’élevage. Aujourd’hui, nous ne pouvons même pas protester. Nous n’avons plus que Dieu à qui parler », confie un autre fermier, père de six enfants.
« Pour l’instant, nous ne faisons qu’implorer la grâce de Dieu et sa pitié. »

Cette situation, dénoncent des acteurs locaux, illustre une stratégie bien connue : briser les populations en s’attaquant directement à leur économie et à leur dignité.

Une condamnation morale et politique

Au-delà de la souffrance individuelle, c’est toute la sécurité alimentaire de la région qui est menacée. La plaine de la Ruzizi nourrit des milliers de familles. En terrorisant les fermiers, le M23 est accusé de transformer une zone agricole stratégique en un champ de désolation économique.

« Affamer les fermiers, c’est condamner toute une population. C’est une arme de guerre silencieuse mais dévastatrice », dénonce un notable local.

Face à ce drame, le silence des autorités et de la communauté internationale est de plus en plus mal vécu par les victimes, qui ont le sentiment d’être abandonnées à leur sort.

La Ruzizi qui prie, pendant que le monde regarde ailleurs

Aujourd’hui, dans la plaine de la Ruzizi, les prières remplacent les projets, et la peur dicte le quotidien. Les fermiers ne demandent ni privilèges ni faveurs, mais simplement le droit de vivre de leur travail, sans menaces ni extorsion.

Pendant que les audios de la peur circulent, une question demeure : jusqu’à quand la souffrance des paysans congolais restera-t-elle une tragédie ignorée ?

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