RDC : Uvira secouée par des scènes de pillage d’édifices publics ce matin
La ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, a été le théâtre ce matin de scènes de pillage visant plusieurs édifices et services publics, dans un contexte sécuritaire particulièrement instable après le retrait des rebelles du M23 et la présence visible des Wazalendo dans différents quartiers.
Selon plusieurs sources locales concordantes, le bureau de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), le port de Kalundu ainsi que d’autres services publics ont été systématiquement pillés par des groupes de civils profitant du vide sécuritaire observé aux premières heures de la journée.
Appel pressant à la responsabilité citoyenne
Face à ces actes, l’organisation SOJEF-MONDIALE a lancé un appel ferme à la conscience collective, mettant en garde contre les conséquences judiciaires de ces pillages, en particulier au port stratégique de Kalundu.
« Pour une citoyenneté responsable, nous invitons tous les Congolais qui ont pris les matériels destinés à moderniser la construction du port de Kalundu à les remettre immédiatement au port, afin de ne pas tomber dans la même erreur que ceux qui avaient pillé les matériaux de construction de la RN5 », souligne l’organisation dans un communiqué.
SOJEF-MONDIALE avertit également qu’un contrôle sera effectué par les services de sécurité :
« Nous interpellons votre conscience et vous informons qu’un contrôle sera effectué. Ne soyez pas parmi ceux qui feront la prison pour avoir pillé le port de Kalundu. »
Une ville sous tension depuis l’aube
Sur le terrain, la situation demeure confuse et inquiétante. Depuis 7h30 ce matin, des éléments Wazalendo sont visibles dans plusieurs quartiers de la ville, accentuant à la fois un sentiment de soulagement chez certains habitants et une profonde crainte chez d’autres.
Pour Jean Balamo, les pillages observés aujourd’hui ne peuvent être dissociés des exactions précédant le retrait du M23 :
« Les M23 ont volé des camions de goudron et ont pillé même certains hôtels de la place avant de se retirer de la ville », affirme-t-il.
Crainte de représailles et d’un cycle de violences
D’autres témoignages expriment une inquiétude beaucoup plus grave quant aux heures et aux jours à venir. Léon Mukonga redoute une spirale de représailles ciblant les civils soupçonnés de sympathie envers les groupes rebelles.
« Les Wazalendo viennent d’y revenir. L’inquiétude est grande pour les civils qui avaient osé marcher pour soutenir l’AFC/M23. Il y a un risque réel que certains soient tués par vengeance. Les pillages, meurtres et viols vont reprendre », alerte-t-il.
Selon lui, toute escalade à venir engagerait la responsabilité collective des acteurs impliqués dans le conflit :
« Le carnage qui va s’ensuivre sera sous la responsabilité de tous les acteurs dans cette guerre : Kinshasa, la communauté internationale et l’AFC/M23, pour non-assistance à des personnes en danger. »
Une urgence sécuritaire et humanitaire
Alors que les autorités tardent à reprendre un contrôle effectif de la ville, Uvira apparaît aujourd’hui comme un symbole du chaos sécuritaire dans l’Est de la RDC : pillages d’infrastructures publiques, peur de représailles, multiplication des acteurs armés et absence d’une protection neutre des civils.
Dans ce climat explosif, la population se retrouve prise en étau entre colère, survie et peur, tandis que les appels à la responsabilité citoyenne peinent à contenir une violence nourrie par des années d’impunité et d’abandon institutionnel.
