Geste diplomatique ou faute politique majeure ? Tshisekedi félicite Museveni, accusé de soutenir le M23
La sortie diplomatique du président congolais Félix-Antoine Tshisekedi en direction de son homologue ougandais Yoweri Kaguta Museveni continue de susciter une vive controverse en République démocratique du Congo.
En adressant ses « chaleureuses félicitations » à Museveni pour sa réélection, tout en saluant son « leadership exemplaire », le chef de l’État congolais a provoqué une onde de choc au sein de l’opinion publique, déjà profondément meurtrie par l’insécurité persistante dans l’Est du pays.
Dans son message officiel, Félix Tshisekedi a exprimé le souhait de voir Kinshasa et Kampala « renforcer leur coopération bilatérale en faveur de la paix, de la stabilité régionale et de la prospérité commune », invoquant les « liens d’amitié historique » entre les deux peuples. Une posture diplomatique classique en apparence, mais jugée profondément déplacée par de nombreux Congolais.
Un timing jugé indécent
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, l’Ouganda est régulièrement cité dans des rapports d’experts des Nations unies pour son rôle ambigu dans la crise sécuritaire à l’Est de la RDC, notamment en lien avec des groupes armés opérant dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Pour une partie de la société civile et de la classe politique congolaise, féliciter Museveni revient à fermer les yeux sur ces accusations.
« Museveni est parmi les plus grands destructeurs de l’Est de la RDC. Il a toujours prétendu agir pour la paix, alors qu’il a ouvert les frontières aux groupes armés », affirme JuniOR Kabango, cité par l’activiste Mussa Ousseni. Celui-ci rappelle qu’en 2021, Bunagana est tombée aux mains des rebelles du M23-AFC, « soutenus par le Rwanda », dans une zone où l’Ouganda joue un rôle sécuritaire clé.
Accusations de complaisance au sommet de l’État
Sur les réseaux sociaux, les réactions ont été particulièrement virulentes. Certains militants et leaders d’opinion accusent directement Félix Tshisekedi de complaisance, voire de complicité politique. Sans mâcher leurs mots, ils estiment que ce geste diplomatique affaiblit la position de la RDC sur la scène internationale.
« Félix Tshisekedi s’attire l’opprobre. Honte à lui », écrit Mussa Ousseni, résumant un sentiment largement partagé dans les milieux militants. Pour ces voix critiques, il est incohérent de dénoncer l’agression rwandaise et le soutien au M23 tout en tendant la main à un dirigeant perçu comme un allié objectif de Kigali.
Une diplomatie qui divise
Du côté de la présidence congolaise, aucune précision n’a été apportée pour répondre aux critiques. Les partisans du chef de l’État défendent néanmoins une approche pragmatique, estimant que la diplomatie régionale impose de maintenir des canaux ouverts, même avec des partenaires controversés, afin d’éviter une escalade militaire aux conséquences imprévisibles.
Mais pour de nombreux Congolais, cette realpolitik a un coût symbolique élevé. « Nous ne sommes pas intéressés par sa réélection », tranche JuniOR Kabango à propos de Museveni. « Ce que nous voulons, c’est la fin de l’hypocrisie et la reconnaissance claire des responsabilités dans la tragédie congolaise. »
Une fracture entre pouvoir et population
Au-delà de la polémique immédiate, cet épisode met en lumière une fracture persistante entre le discours diplomatique de Kinshasa et les attentes d’une population qui exige fermeté, cohérence et justice face aux agressions répétées subies par la RDC.
En saluant un dirigeant régulièrement mis en cause dans des rapports internationaux, Félix Tshisekedi prend le risque de fragiliser davantage la confiance déjà érodée entre l’État et ses citoyens. Dans un pays meurtri par des décennies de conflits, chaque geste compte — et celui-ci, pour beaucoup, sonne comme une faute politique majeure.
