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RDC : Tensions au sein de l’Église catholique, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda accuse la CENCO de silence complice et de dérives tribalistes

Réunis à huis clos à Kinshasa le 23 février, les évêques catholiques de la République démocratique du Congo ont été interpellés par une prise de parole inhabituelle et incisive de Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi.

S’exprimant « au nom de la vérité de l’Évangile », le prélat a publiquement remis en question certaines orientations de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), ouvrant un débat sensible au sein de l’Église catholique en RDC.

Une critique frontale des positions de la CENCO

Dans son intervention, Mgr Kasanda déplore ce qu’il considère comme un manque de clarté morale face aux violences qui secouent l’est du pays. Il regrette notamment « l’absence de condamnation officielle des tueries attribuées au Rwanda » ainsi que des massacres perpétrés par divers groupes armés actifs dans la région.

Selon lui, cette posture fragilise la crédibilité de l’institution ecclésiale :

« Lorsque l’Église ne parle pas avec fermeté face au sang versé, elle risque de perdre sa voix prophétique et la confiance de ses fidèles. »

L’évêque évoque également de possibles « arrangements » lors de l’élection du président et du vice-président de la CENCO. Il dénonce par ailleurs des pratiques tribalistes dans certaines nominations internes, estimant que ces dynamiques portent atteinte à l’universalité de l’Église.

Autre point de discorde : la communication autour de la « stigmatisation des swahiliphones ». Mgr Kasanda juge cette approche « susceptible d’alimenter des tensions populaires au lieu de les apaiser ».

« Réduire les débats ecclésiaux à des lectures identitaires est dangereux. L’Église doit être un facteur d’unité, non un amplificateur de fractures. »

Le prélat affirme que ces orientations contribuent à éloigner certains fidèles, « au point d’en pousser plusieurs à se détourner de l’Église catholique en RDC ».

Joseph Ilunga : « La CENCO assume sa mission prophétique »

Ces critiques ne font toutefois pas l’unanimité. Pour Joseph Ilunga, observateur engagé de la vie ecclésiale congolaise, la CENCO demeure fidèle à sa vocation.

« La CENCO défend la véritable mission prophétique de l’Église : dénoncer l’injustice, défendre les opprimés et promouvoir le bien commun. Réduire l’Église à un simple instrument politique ou tribalo-identitaire trahit sa vocation et affaiblit la société. »

Selon lui, la parole publique des évêques s’inscrit dans la tradition biblique des prophètes, appelés à interpeller les pouvoirs lorsque la justice et la dignité humaine sont menacées.

La réponse vigoureuse d’un fidèle de Lubumbashi

La polémique a pris une nouvelle ampleur avec la réaction de John Kyungu, chrétien catholique de Lubumbashi, qui a adressé une lettre ouverte à Mgr Kasanda.

Tout en exprimant « le respect dû à [sa] charge épiscopale », il affirme agir « mû par un devoir de vérité, de responsabilité ecclésiale et de fidélité à l’Évangile ».

Il pointe notamment « un silence prolongé » de l’évêque durant les années où la CENCO dénonçait « les dérives autoritaires, la corruption systémique et la confiscation du pouvoir sous le régime de Joseph Kabila ».

« Ce silence n’était pas neutre. La véritable collégialité signifie : la vérité avant l’ethnie, l’Évangile avant l’appartenance régionale. »

John Kyungu estime que contester aujourd’hui la voix prophétique de la CENCO, dans un contexte de crise « politique, sociale, sécuritaire et morale », revient à affaiblir l’action de l’Église dans l’espace public.

Il interroge également la comparaison faite entre l’élection interne du président de la CENCO et les élections nationales de 2023, ces dernières ayant été entachées d’irrégularités reconnues par plusieurs observateurs.

« En quoi, exactement, les prises de position de la CENCO vous dérangent-elles ? » écrit-il, évoquant la nécessité de préserver la transparence et la collégialité au sein de l’institution.

Une Église face à ses propres tensions

Au-delà des personnes, cette controverse révèle les tensions profondes qui traversent l’Église catholique congolaise dans un contexte national marqué par l’instabilité sécuritaire et les débats sur la gouvernance.

Entre exigence prophétique, prudence diplomatique et risque de fractures identitaires, la CENCO se trouve à la croisée des chemins. Pour de nombreux fidèles, l’enjeu dépasse la querelle interne : il s’agit de savoir comment l’Église peut demeurer un acteur moral crédible, capable d’unir au lieu de diviser, et de parler avec autorité au nom de l’Évangile dans une République démocratique du Congo en quête de repères.

Commentaires (Total : 2)

R
Rhugenda banga Runiga. 04/03/2026 07:47:35

Lorsque les antivaleurs deviennent la monnaie courante des religieux, la course s'oriente vers les finances, les matériels et l'amour propre. Le Christ avait prévenu qu'il risque de n'y avoir plus la foi lors de son retour. Ce sont les clergés qui ne comprennent pas ce qui se passe dans le monde ...

S
Softkens TV 04/03/2026 02:57:40

Cela fait sept ans que je n'ai pas entendu ce prélat condamner la politique tribaliste de Tshilombo. Il aurait mieux fait de se taire.

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