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RDC : pour avoir dit non au changement de la Constitution, Bahati Lukwebo lâché par son propre groupe parlementaire au Sénat

La scène politique congolaise traverse une nouvelle zone de turbulence. Le leader de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A), Modeste Bahati Lukwebo, se retrouve aujourd’hui isolé au sein même de sa famille politique après une série de prises de position sur la Constitution et l’avenir politique du pays.

Selon plusieurs sources concordantes au Sénat, le groupe parlementaire AFDC-A a officiellement pris ses distances avec les déclarations de son autorité morale, marquant ainsi une rupture politique inattendue avec l’un des poids lourds de la majorité présidentielle.

La controverse trouve son origine dans les déclarations faites le 4 mars 2026 par Modeste Bahati Lukwebo. Lors d’une intervention publique, le sénateur avait exprimé son opposition à tout projet de changement ou de révision de la Constitution dans le contexte actuel.

Il avait également appelé au respect strict du calendrier démocratique, notamment la fin du mandat du président Félix Tshisekedi prévue en 2028.

Une position qui semble aller à contre-courant de certaines discussions au sein de la majorité présidentielle regroupée autour de l’Union Sacrée de la Nation.

Désolidarisation du groupe AFDC-A

Face à cette sortie médiatique, le groupe parlementaire AFDC-A au Sénat a rapidement pris ses distances.

Dans une démarche inhabituelle, plusieurs sénateurs du regroupement ont indiqué que les propos de leur autorité morale ne reflétaient pas la position officielle du groupe. Certains cadres ont même estimé que cette prise de position risquait de fragiliser l’unité de la majorité.

Des voix se sont élevées pour exiger des conséquences politiques.

Parmi elles, celle de l’ancien gouverneur et sénateur Ngoyi Kasanji, qui a appelé Bahati Lukwebo à assumer ses responsabilités politiques.

« Il doit tirer les conséquences politiques qui s’imposent après avoir pris une position contraire à la ligne de la majorité », ont déclaré certains membres du groupe.

Le Sénat prend également ses distances

L’isolement politique du leader de l’AFDC-A ne s’est pas arrêté à son propre groupe parlementaire. Le bureau du Sénat, dirigé par Jean‑Michel Sama Lukonde, est également intervenu pour clarifier la situation.

Dans un communiqué publié le 6 mars 2026, l’institution a précisé que les propos tenus par Bahati Lukwebo, qui occupe la fonction de deuxième vice-président de la chambre haute, relevaient d’une position strictement personnelle.

« Les déclarations du deuxième vice-président du Sénat n’engagent ni le bureau ni l’institution », a indiqué le communiqué.

Une menace de déchéance au Sénat

La tension politique s’est encore accentuée avec la circulation d’une pétition et d’une motion de défiance au Sénat. Les initiateurs souhaitent obtenir la déchéance de Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président de la chambre haute.

Les pétitionnaires estiment que ses déclarations pourraient fragiliser l’unité nationale dans un contexte marqué par une situation sécuritaire et politique sensible en République démocratique du Congo.

Si cette initiative aboutissait, elle constituerait un revers majeur pour l’ancien président du Sénat.

Des voix s’élèvent pour le défendre

Malgré les critiques, certaines personnalités politiques et acteurs de la société civile dénoncent ce qu’ils considèrent comme une sanction contre la liberté d’opinion.

C’est notamment le cas de Robert Kabuha, qui a publiquement apporté son soutien au sénateur.

« Le niveau de lâcheté déconcertante dans ce pays a atteint son paroxysme. Donc le professeur Bahati Lukwebo a eu tort de réfléchir et d’émettre son opinion sur la vie publique dans un pays démocratique », a-t-il déclaré.

Il ajoute :

« J’apporte fièrement mon soutien total au président Modeste Bahati Lukwebo et à tous les Congolais qui réfléchissent et qui n’hésitent pas à donner leurs opinions. »

Au-delà de la polémique politique, cette affaire relance le débat sensible autour d’une éventuelle révision de la Constitution en RDC.

Pour plusieurs analystes, la position de Bahati Lukwebo reflète une inquiétude grandissante au sein d’une partie de la classe politique.

« Non au changement de la Constitution de la RDC qui serait un acte inconstitutionnel. Une révision peut être envisagée, mais il n’existe aujourd’hui ni opportunité, ni temporalité, ni nécessité pour un tel projet », soutiennent certains acteurs politiques.

Dans ce contexte, l’avenir politique de Modeste Bahati Lukwebo apparaît désormais incertain, alors que la majorité présidentielle autour de Félix Tshisekedi semble traversée par des tensions internes de plus en plus visibles.

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