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RDC : poussé vers la sortie, Bahati Lukwebo claque la porte du bureau du Sénat

Coup de théâtre au sommet de la Chambre haute en République démocratique du Congo. Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo a annoncé sa démission de son poste de deuxième vice-président du Sénat, dans un contexte politique de plus en plus tendu, marqué par une pétition visant sa déchéance.

Dans une correspondance adressée au président du Sénat, l’ancien président du Sénat a tenu à clarifier les raisons de son départ.

« Ma démission est motivée par la recherche de la sérénité au sein de la Chambre Haute du Parlement et non par aveu d'une quelconque incompétence », écrit-il, balayant d’un revers de main les accusations portées contre lui. « Je me suis toujours acquitté de mes charges professionnelles correctement et en temps réel », insiste-t-il, revendiquant un bilan sans faille depuis sa prise de fonction en mai 2024.

Une démission sous pression

L’annonce intervient à peine 48 heures après le dépôt, lundi 16 mars, d’une pétition initiée par plusieurs sénateurs réclamant sa destitution. Les signataires dénoncent une supposée « incompétence » dans l’exercice de ses fonctions, une accusation que l’intéressé rejette fermement.

Parmi les figures de proue de cette initiative, le sénateur Dany Kabongo s’est voulu toutefois nuancé : « Cette pétition n’a aucun lien avec la position récemment exprimée par le sénateur Bahati Lukwebo sur la révision de la Constitution », affirme-t-il, tentant de dissocier la démarche des débats politiques en cours.

Car en toile de fond, c’est bien le climat interne au Sénat qui semble s’être détérioré ces dernières semaines. Le bureau de la Chambre haute avait déjà pris ses distances avec certaines déclarations du deuxième vice-président, les qualifiant de « positions personnelles », révélant ainsi des fractures au sein de l’institution.

Loyauté affichée à Tshisekedi

Dans sa lettre de démission, Bahati Lukwebo prend soin de réaffirmer son alignement avec le pouvoir en place. Il se dit « loyal à la Haute Autorité de Référence de l’Union sacrée de la Nation », en l’occurrence le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Un positionnement stratégique, alors que les équilibres politiques au sein de la majorité présidentielle restent mouvants et parfois fragiles.

Cette séquence intervient également dans un contexte particulier pour le leader de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC). La veille du dépôt de la pétition, il venait d’être reconduit pour un nouveau mandat de cinq ans à la tête de son parti, à l’issue de son quatrième congrès ordinaire.

Pour certains observateurs, cette concomitance interroge. « Il y a clairement une bataille d’influence en interne. La démission permet d’éviter une humiliation politique tout en gardant la main sur son avenir », analyse un acteur de la société civile à Kinshasa.

Entre sortie maîtrisée et incertitudes

En se retirant avant un éventuel vote de déchéance, Modeste Bahati Lukwebo semble avoir choisi une sortie maîtrisée, tout en laissant la porte ouverte à une recomposition politique. « Ceci ouvrira la voie à ceux de mes collègues prétendants », écrit-il, dans un ton à la fois apaisé et stratégique.

Reste à savoir si cette démission suffira à apaiser les tensions au sein du Sénat. Car derrière cet épisode, c’est toute la question de la cohésion au sein de l’Union sacrée qui se trouve, une fois de plus, posée.

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