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RDC : avec 36 millions d’internautes, le pays franchit un cap majeur dans sa transition numérique

La République démocratique du Congo amorce une transformation numérique d’ampleur, portée par une croissance rapide du nombre d’utilisateurs d’Internet. Mais derrière des chiffres prometteurs, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un potentiel encore largement sous-exploité.

Selon Augustin Kibassa Maliba, le pays compte aujourd’hui environ 36 millions d’abonnés à Internet, soit près de 32 % de la population. Un chiffre qui témoigne d’une progression significative dans un pays longtemps confronté à des défis d’infrastructures et d’accessibilité.

« L’économie numérique est véritablement en train de prendre sa place en RDC », s’est félicité le ministre, mettant en avant une dynamique qu’il juge encourageante.

Dans le détail, près de 20 millions de Congolais utilisent effectivement l’Internet haut débit, tandis que le taux de pénétration global est estimé à 45 %. Autre indicateur marquant : le pays compte désormais 34 millions de comptes actifs de mobile money, un chiffre qui dépasse largement celui des comptes bancaires traditionnels.

Ces données traduisent une mutation profonde des usages, où le mobile s’impose comme le principal vecteur d’inclusion financière et numérique.

Cependant, cette croissance repose en grande partie sur un usage limité : la majorité des internautes congolais se connectent principalement aux réseaux sociaux, au détriment des services numériques à forte valeur ajoutée.

Entre satisfaction et attentes

Pour certains citoyens, ces statistiques représentent déjà une avancée notable. Amisi Emmanuel salue une évolution qu’il attendait depuis longtemps :
« Je me réjouis au moins de ces statistiques… c’est un pas vers l’avant dans un pays où les données fiables faisaient défaut. »

Mais cet optimisme est loin d’être partagé par tous.

Des experts pointent un décalage entre la croissance des usages et l’absence de politiques publiques ambitieuses. C’est le cas de Jean Jacques Luboya, qui regrette un manque de vision stratégique :

« Avec un tel nombre d’utilisateurs, l’État devrait porter de grands projets de transformation numérique dans des secteurs clés comme l’identité, l’éducation, le foncier ou encore la fiscalité. »

Il appelle notamment à une interconnexion des 145 territoires du pays, condition essentielle pour bâtir un véritable écosystème numérique national.

Malgré ces limites, les perspectives restent prometteuses. Selon Leon Mutungu, le marché de l’Internet en RDC pourrait connaître une croissance soutenue, avec jusqu’à 15 millions de nouveaux abonnés attendus d’ici 2030.

Une projection qui confirme l’attractivité du secteur, mais qui pose aussi une question centrale : le pays saura-t-il transformer cette expansion quantitative en véritable levier de développement économique ?

Le défi de la transformation numérique

La RDC se trouve aujourd’hui à un tournant. Si les infrastructures et l’accès continuent de progresser, le véritable enjeu réside désormais dans l’usage : passer d’un Internet de divertissement à un Internet de services.

Sans investissements massifs dans les plateformes publiques, la formation numérique et la gouvernance des données, le risque est réel de voir cette croissance profiter davantage aux géants étrangers du numérique qu’à l'echelle national.

En somme, la révolution numérique congolaise est en marche — mais elle reste encore à construire.

 

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