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RDC : 1,9 million $ saisis à Kinshasa, une vidéo compromettante et des soupçons jusqu’au sommet de l’État

À Kinshasa, le scandale des 1,9 million de dollars interceptés à l’aéroport international de N’Djili prend une tournure de plus en plus politique.

L’injonction du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, ordonnant la mise sous scellés des fonds et l’ouverture d’une enquête judiciaire, n’a pas suffi à contenir l’onde de choc.

Car au-delà des faits, c’est désormais la crédibilité même du régime qui se retrouve en question.

La diffusion d’une vidéo montrant des liasses de billets de 100 dollars dans une chambre d’hôtel de la capitale a agi comme un détonateur.

On y voit des montants évoqués sans retenue : 200 000 dollars promis à un interlocuteur, un million déjà perçu en espèces — des fonds qui proviendraient, selon les propos entendus, de la Banque centrale du Congo. Des images qui, pour beaucoup, illustrent une banalisation inquiétante de la circulation de l’argent public en dehors de tout cadre légal.

Un système au sommet ?

Très vite, l’affaire a pris une dimension explosive avec l’évocation du nom de Antony Tshisekedi dans certains cercles proches du dossier. S’il ne s’agit à ce stade que d’allégations non confirmées, leur simple circulation alimente le soupçon d’un système structuré, bénéficiant de relais jusque dans les hautes sphères du pouvoir.

Les personnes visibles dans la vidéo seraient liées à une structure chargée de l’assainissement de sites publics, avec des accès présumés à la présidence. De quoi renforcer l’idée, largement partagée dans l’opinion, d’une porosité entre gestion publique et intérêts privés.

La Cellule nationale des renseignements financiers et d’autres organes de contrôle ont ouvert des enquêtes préliminaires. Mais pour de nombreux observateurs, la question n’est plus seulement judiciaire : elle est profondément politique.

« Une corruption devenue système »

Dans les rues de Kinshasa, la colère est à la hauteur du scandale. « Ce pays ne nous appartient-il pas à tous ? On voit une élite s’enrichir comme si l’État était une caisse privée », s’indigne Thomas Kazadi.

Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort que la majorité de la population continue de vivre dans des conditions précaires. « Dans un pays sans infrastructures de base, voir circuler des millions de dollars comme ça, c’est révoltant », déplore Jojo Yanganya, depuis Kindu.

Pour Salomon Ngongo, le scandale révèle une logique plus profonde : « On parle de vision, mais la réalité, c’est la jouissance immédiate. Le peuple est relégué au second plan. »

À Matadi, Bakari Issa va plus loin : « On nous avait promis la prospérité. Aujourd’hui, on comprend que certains sont devenus millionnaires… mais pas le peuple. »

Une responsabilité politique en question

Pour l’analyste Robert Kyembwa, l’affaire dépasse de loin les individus impliqués. « Un réseau de cette ampleur ne peut pas fonctionner sans protection politique. Il faut avoir le courage de remonter la chaîne des responsabilités », affirme-t-il.

Et de prévenir : « Si l’enquête se limite à quelques exécutants, elle ne servira à rien. Le problème est systémique. Il touche à la gouvernance même du pays. »

Même constat du côté d’Yves Nsiku à Bunia : « Pendant que certains parlent de réformes institutionnelles, d’autres organisent le pillage. Et ensuite, on détourne l’attention. »

Un test pour le pouvoir

Dans un contexte déjà marqué par des tensions sociales et politiques, cette affaire pourrait constituer un tournant. Car au-delà du scandale financier, elle pose une question centrale : celle de la volonté réelle des autorités de lutter contre la corruption au plus haut niveau.

Pour l’heure, les regards sont tournés vers les institutions judiciaires. Leur capacité à mener une enquête indépendante et transparente sera déterminante.

Mais à Kinshasa, beaucoup restent sceptiques. « Ce n’est pas la première fois qu’on parle de millions détournés », lâche un habitant. « La vraie question, c’est : est-ce que quelqu’un va vraiment payer ? »

Commentaires (Total : 1)

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Mwene Cisara 22/03/2026 14:12:53

Les manifestations d’un régime qui a une vision sauvagement ALIMENTAIRE du pouvoir. On y accède pour s’enrichir. On distribue des postes pour enrichir les frères. Sœurs, amis et connaissances. On se sert et au peuple on ment. Rien que des VOLEURS au pouvoir. Cela dure depuis 7 ans.

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