Bahati Lukwebo interdit de quitter le pays : vers une nouvelle affaire politico-judiciaire ?
La séquence politique se tend pour Modeste Bahati Lukwebo. Quelques jours après sa démission du poste de deuxième vice-président du Sénat, l’ancien allié de la majorité se retrouve désormais au cœur d’une tourmente politico-institutionnelle aux allures de descente aux enfers.
Selon plusieurs sources concordantes, sa demande d’autorisation de sortie du territoire a été rejetée par le bureau du Sénat. Une décision lourde de sens dans un contexte où l’ancien dignitaire est déjà fragilisé par ses prises de position controversées, notamment sa déclaration contre tout changement de la Constitution.
D’après des informations recueillies, malgré son insistance, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, aurait été clair : toute autorisation de sortie du territoire concernant Bahati Lukwebo nécessiterait désormais l’aval préalable de la présidence. Une exigence qui, de facto, bloque toute possibilité de déplacement à l’étranger pour l’ancien chef de l’AFDC-A.
Isolement politique croissant
Ce refus intervient dans un climat de plus en plus défavorable pour Modeste Bahati Lukwebo, qui semble perdre progressivement ses soutiens politiques. Sur les réseaux sociaux et dans les cercles politiques de Kinshasa, les commentaires acerbes se multiplient.
L’analyste George Kitenge n’a pas manqué d’ironiser sur la situation : selon lui, Bahati paierait aujourd’hui le prix de son rôle passé dans la levée des immunités de l’ancien Premier ministre Matata Ponyo. « Comme quoi, tout se paie ici-bas », lance-t-il, évoquant même la possibilité de futures poursuites judiciaires à son encontre.
Une succession déjà enclenchée
Pendant que l’ancien vice-président du Sénat tente de gérer cette séquence délicate, l’institution, elle, se projette déjà vers l’avenir. L’élection de son successeur est fixée au vendredi 3 avril 2026, au Palais du peuple.
Le calendrier électoral, rendu public le 27 mars, détaille un processus en six étapes, allant du dépôt des candidatures (30-31 mars) à l’élection et l’installation du nouveau deuxième vice-président. Entre-temps, une commission ad hoc sera chargée d’examiner les dossiers et de statuer sur les éventuels recours.
Le Sénat avait officiellement pris acte de la démission de Bahati Lukwebo le 21 mars, lors d’une séance plénière. Cette décision faisait suite à la présentation du rapport d’une commission spéciale chargée d’examiner une pétition déposée contre lui pour « incompétence ».
Face à cette pression politique croissante, l’intéressé avait choisi de se retirer avant la fin de la procédure. La commission avait alors estimé que sa démission rendait sans objet la poursuite de l’examen de la pétition.
Présent dans l’hémicycle lors de cette séance, Bahati Lukwebo siégeait déjà comme simple sénateur, loin du perchoir qu’il occupait encore quelques jours auparavant.
Vers un tournant judiciaire ?
Au-delà de la crise institutionnelle, c’est désormais l’avenir judiciaire et politique de Bahati Lukwebo qui suscite interrogations et spéculations. Entre isolement progressif, blocage administratif et menaces de poursuites, l’ancien pilier de la majorité semble engagé dans une séquence à haut risque.
Dans un paysage politique congolais en constante recomposition, son cas pourrait bien illustrer la brutalité des retournements d’alliances et la fragilité des équilibres au sommet de l’État.
