RDC : un nouveau narratif sécuritaire attribué à Kigali pour justifier la présence de ses troupes dans les hauts plateaux
Alors que le discours sécuritaire autour des Forces démocratiques de libération du Rwanda tend à s’essouffler, de nouvelles allégations émergent sur une stratégie attribuée au Rwanda visant à maintenir sa présence militaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon plusieurs éléments recueillis, un nouveau narratif autour d’une prétendue rébellion en gestation serait en cours de diffusion.
Au cœur de ces accusations figure Nvuka Alexis, présenté comme issu de la communauté Banyamulenge. D’après les informations disponibles, il aurait effectué ses études secondaires à Uvira avant de poursuivre un cursus universitaire à Butare, au Rwanda, au sein de l’Université du Rwanda, sous identité rwandaise et grâce à une bourse locale. Il serait affilié au clan Basinzira.
Toujours selon ces éléments, Nvuka Alexis aurait été impliqué en 2016 dans des activités liées à des recherches sur les hauts plateaux, après un passage à Kigali où il aurait reçu des financements et des orientations. Il lui aurait été demandé de confirmer l’existence d’une rébellion en gestation, dénommée P5, associée à l’ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général Kayumba Nyamwasa, aujourd’hui en exil en Afrique du Sud.
Ces accusations soutiennent que ce narratif aurait servi de base à la création de la coalition Red Tabara-RDF, avec une mission précise : celle de tuer et de détruire les biens de la communauté Banyamulenge. À ce jour, selon plusieurs sources indépendantes, plus de 2 000 personnes auraient été tuées, plus de 500 000 vaches abattues et plus de 450 villages détruits. Ces actes destructifs ont conduit au déplacement massif des populations civiles de cette communauté banyamulenge.
Ces destructions auraient été réalisées avec quelques éléments FARDC d’obédience Joseph Kabila.
Parmi eux, la coalition Red Tabara-RDF est citée comme ayant été infiltrée puis redéployée dans les hauts et moyens plateaux d’Uvira, notamment à Kiryama. Ce groupe est accusé d’avoir contribué à des destructions massives de biens appartenant à la communauté banyamulenge, incluant habitations, bétail et productions agricoles.
Les mêmes sources attribuent à Nvuka Alexis un rôle dans des initiatives présumées de fragmentation territoriale de la RDC entre 2010 et 2013, aux côtés de plusieurs acteurs, dont Akim Muhoza Makombe, dans un contexte décrit comme influencé par Kigali.
Par ailleurs, il lui est reproché d’avoir contribué à des divisions au sein de la diaspora banyamulenge, notamment à travers des structures telles que les mutualités Ubuntu en Europe et Gakondo au niveau mondial. Ces divisions auraient été exacerbées par la création d’un noyau dénommé « Noyau Banyamulenge », impliquant plusieurs personnalités, dont Mujambere Jean-Pierre, Nkurunziza Alexis, Kaniki Freddy, Mulinda Jacques, Mugabe Âgée et Jean-Paul Shaka.
Ce noyau aurait, selon les mêmes informations, conduit à la formation d’un mouvement rebelle appelé MRDP, dirigé par Freddy Kaniki, avec Nkurunziza Alexis comme vice-président et Nvuka Alexis comme porte-parole. Le mouvement compterait dans son exécutif plusieurs membres vivant entre l’Europe et le Rwanda.
Des accusations similaires visent également certaines organisations de la diaspora, notamment Mahoro Peace, anciennement dirigée par Adèle Kibasumba, aujourd’hui présentée comme secrétaire exécutive du MRDP. Des divergences internes sont signalées au sein de la structure Gakondo, avec une branche accusée de soutenir financièrement des groupes armés comme le Mouvement du 23 mars et le MRDP, tandis qu’une autre s’y opposerait.
Plus récemment, ces éléments évoquent la mise en place d’une nouvelle campagne médiatique visant à accréditer l’existence d’un groupe armé fictif, toujours sous l’appellation P5. Ce groupe serait présenté comme fort de 5 000 hommes formés au Burundi, avec pour objectif d’attaquer le Rwanda avec un soutien présumé de la RDC et du Burundi.
Dans cette dynamique, Nvuka Alexis, avec les responsables de certaines chaînes de télévision et des YouTubeurs, aurait été invité à Kigali pour une session de formation sur la communication au sujet de P5, présentée comme une prétendue rébellion en gestation dans les hauts et moyens plateaux d’Uvira, une manière de préparer le terrain pour justifier la présence des RDF dans ces zones.
Plusieurs créateurs de contenus en ligne, dont Ruhumuriza Osée (Umurage), Mugisha François (Gakondo TV), ainsi que les chaînes Magarambe TV et Inoka Kivu News, sont cités comme relais de cette information, après des briefings attribués à Kigali.
Enfin, une manifestation est annoncée à Washington le 22 avril 2026 par Mahoro Peace Association, avec l’appui de l’ambassade du Rwanda et de la diaspora rwandaise, dans un contexte de tensions diplomatiques régionales. Cette mobilisation viserait, selon ces accusations, à influencer l’opinion internationale et à fragiliser l’image diplomatique de la RDC et du Burundi, notamment au sein de l’Union africaine.
Dans l’ensemble, ces éléments suggèrent une évolution du discours sécuritaire attribué à Kigali : à mesure que la menace des FDLR perd en crédibilité dans le débat international, un nouveau récit autour de rébellions émergentes serait mis en avant pour légitimer la présence militaire rwandaise dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.
La société civile locale, des analystes indépendants et plusieurs autres sources croisées n’ont confirmé ni la présence ni l’existence de cette prétendue rébellion en gestation. Plusieurs membres de la communauté Banyamulenge qui se sont opposés à cette idée de la rébellion ont été tués. D’autres résistent à ce jour et appelent à la protection.
