Est de la RDC : les journalistes déplacés face à une crise de survie en Ituri
À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée ce dimanche 3 mai, la situation des journalistes déplacés internes dans l’Est de la République démocratique du Congo revient avec gravité au centre des préoccupations.
Contraints de fuir les violences armées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, plusieurs professionnels des médias ont trouvé refuge à Bunia, dans la province de l’Ituri, où ils vivent désormais dans une précarité extrême.
Une fuite forcée, une survie incertaine
Ces journalistes, autrefois actifs dans leurs rédactions respectives, ont dû abandonner leurs régions d’origine pour échapper aux affrontements armés et aux menaces directes liées à leur travail. Mais leur déplacement ne s’est pas accompagné de conditions d’accueil suffisantes.
Installés à Bunia, beaucoup se retrouvent aujourd’hui sans revenus stables, sans soutien institutionnel et dans une situation socio-économique jugée alarmante.
Un appel à l’aide urgent
Parmi eux, Pascal Marhegane, journaliste déplacé, lance un cri d’alarme face à la dégradation rapide de leurs conditions de vie.
« Nous lançons un appel urgent aux autorités provinciales, nationales ainsi qu’à la communauté internationale sur la situation alarmante que nous vivons, nous les journalistes déplacés, fuyant les conflits armés qui sévissent au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Plusieurs d’entre nous ont trouvé refuge ici à Bunia en Ituri. Cependant, loin d’être une solution durable, cette situation nous expose aujourd’hui à de graves difficultés de survie », a-t-il déclaré.
Son témoignage met en évidence une réalité souvent invisible : celle de professionnels de l’information devenus eux-mêmes victimes directes du conflit.
Une précarité quotidienne alarmante
Au-delà du déplacement, les journalistes évoquent une détérioration rapide de leurs conditions de vie.
« Nous faisons face à un manque criant de moyens, difficulté à payer les loyers, accès limité à la nourriture, précarité extrême. Beaucoup parmi nous ont perdu leurs emplois et se retrouvent sans aucune source de revenus ici. La vie quotidienne est devenue un combat permanent pour subvenir aux besoins essentiels. À cela s’ajoute la douleur d’avoir laissé derrière nous nos familles restées dans des zones en conflit sans possibilité immédiate de les aider », ajoute Pascal Marhegane.
Cette situation illustre l’absence de mécanismes structurés de prise en charge des journalistes déplacés dans les zones d’accueil, malgré l’ampleur des déplacements internes liés aux conflits armés dans l’Est du pays.
Malgré les difficultés, certains journalistes déplacés tentent tant bien que mal de poursuivre leur mission d’information, souvent sans moyens techniques, financiers ou sécuritaires adéquats. Leur engagement persiste, porté par le sens du devoir professionnel et l’importance du droit à l’information.
Face à cette crise, les journalistes déplacés plaident pour une assistance urgente. Ils demandent un soutien financier immédiat, un accès facilité au logement et à la nourriture, ainsi que des mécanismes de réinsertion professionnelle adaptés.
Ce plaidoyer intervient dans un contexte où la liberté de la presse demeure fragile dans plusieurs zones touchées par les conflits armés en République démocratique du Congo.
Pour ces professionnels, la question dépasse la simple survie individuelle : elle touche directement à la capacité de continuer à informer les populations.
Soutenir les journalistes déplacés, soulignent-ils, ne constitue pas seulement un geste humanitaire, mais également un engagement essentiel en faveur de la liberté d’informer et du droit fondamental à l’information dans une société démocratique.
