Chefs de quartiers envoyés à Chanzu : le M23 invente “l’école obligatoire” de la rébellion
De nombreuses voix s’élèvent à Goma pour dénoncer l’attitude des rebelles du M23/AFC, accusés d’avoir contraint plusieurs chefs de quartiers et responsables locaux à quitter leurs domiciles pour suivre une prétendue « formation » à Chanzu, dans le territoire de Rutshuru.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès d’habitants de Goma et du territoire de Nyiragongo, ces responsables locaux auraient reçu l’ordre de rejoindre ce centre sans possibilité de refus, dans un climat de peur et d’intimidation.
Pour plusieurs observateurs, cette pratique constitue une grave atteinte aux libertés individuelles et une nouvelle démonstration des méthodes coercitives attribuées au mouvement rebelle.
Des familles plongées dans l’angoisse
Les familles des personnes envoyées à Chanzu disent vivre dans une profonde inquiétude, d’autant plus que certains responsables seraient partis sans moyen de communication.
L’épouse d’un chef de quartier affirme que son mari, pourtant malade, aurait été forcé de partir malgré son état de santé.
« Cela fait trois semaines que mon mari a été obligé d’aller suivre leur formation. Ils lui ont interdit d’emporter son téléphone. Je ne sais même pas s’il reviendra », confie-t-elle avec émotion.
Plusieurs habitants dénoncent également une séparation brutale des familles, laissant des femmes seules avec leurs enfants, sans nouvelles de leurs proches.
La perspective de voir également des chefs d’avenues envoyés dans les prochains jours alimente davantage les inquiétudes.
Des habitants redoutent une tentative de transformation des structures administratives locales en relais du mouvement rebelle.
« Est-ce que pour devenir chef d’avenue ou chef de quartier, il faut passer par une formation militaire ? », s’interroge une habitante de Goma.
Pour plusieurs acteurs de la société civile, cette situation traduit une volonté inquiétante de contrôle politique et sécuritaire des communautés locales par le M23.
Des analystes estiment que le fait de contraindre des responsables civils à participer à des formations imposées pourrait constituer une violation grave des droits fondamentaux.
Ils rappellent que les autorités locales doivent exercer leurs fonctions dans un cadre civil et administratif, et non sous la pression d’un groupe armé.
Dans un contexte déjà marqué par l’insécurité persistante dans l’est de la RDC, cette affaire renforce les craintes de la population face à l’influence grandissante du M23 dans certaines zones sous son contrôle.
Alors que les familles réclament des nouvelles de leurs proches, plusieurs habitants appellent les organisations de défense des droits humains et la communauté internationale à suivre de près cette situation et à dénoncer toute forme de recrutement ou d’endoctrinement forcé des civils.
