RDC : Lambert Mende charge Joseph Kabila et ravive le débat sur les « vétérans sans convictions » de la politique congolaise
La sortie médiatique de Lambert Mende Omalanga contre l’ancien président Joseph Kabila continue de provoquer des réactions dans les milieux politiques congolais.
Dans une déclaration au ton particulièrement sévère, l’ancien ministre de la Communication affirme ne plus avoir de doute sur les liens présumés entre l’ex-chef de l’État et les rebelles de l’AFC-M23.
« C'est avec des sentiments mitigés que je suis l'évolution de notre ancien président de la République. Au départ, il m'a été difficile de croire qu'il avait des accointances coupables avec les renégats congolais de l'AFC-M23 qui servent de supplétifs au président rwandais Paul Kagame dans son agression contre la RDC. Mais lorsqu'il s'est affiché publiquement dans Goma occupée et s'est exprimé en faveur du Rwanda et de l'AFC-M23, le doute s'est dissipé », a déclaré Lambert Mende.
Ces propos interviennent dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires autour de la présence de l’AFC-M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, où le Rwanda est régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles , des accusations rejetées par Kigali.
Mais au-delà des attaques contre Joseph Kabila, cette prise de position relance surtout un débat plus profond sur le rôle et la crédibilité d’une partie de l’ancienne classe politique congolaise. Car Lambert Mende lui-même incarne, pour ses détracteurs, cette génération de responsables politiques ayant traversé presque tous les régimes, souvent au prix de repositionnements idéologiques spectaculaires.
De Mobutu à Kabila père, puis sous Joseph Kabila avant de se rapprocher du pouvoir actuel, Lambert Mende a survécu à plusieurs transitions politiques majeures. Pour certains observateurs, cette longévité politique témoigne davantage d’une capacité d’adaptation au pouvoir que d’une fidélité à une ligne politique constante.
Le reproche revient régulièrement dans l’opinion : plusieurs figures historiques de la scène politique congolaise auraient progressivement abandonné la sagesse, la constance et l’honneur des convictions au profit d’un simple réflexe de survie politique. À force de soutenir des camps parfois opposés, ces vétérans donnent l’image d’acteurs davantage attachés aux privilèges du pouvoir qu’à une vision cohérente du Congo.
Cette perception nourrit de plus en plus les appels au renouvellement de la classe politique congolaise. Une partie de la jeunesse estime que le pays ne peut plus continuer à être dirigé par des responsables qui traversent tous les régimes sans jamais défendre durablement des principes clairs.
Dans un pays marqué par des décennies de crises politiques, sécuritaires et institutionnelles, beaucoup réclament désormais une nouvelle génération de dirigeants capables d’incarner la cohérence, la responsabilité et une véritable culture de l’État.
La sortie de Lambert Mende contre Joseph Kabila, loin d’être un simple règlement de comptes politique, révèle ainsi une fracture grandissante entre une vieille garde accusée d’opportunisme chronique et une opinion publique de plus en plus lassée des recyclages permanents au sommet de l’État.
