ONIP : la nomination de Marcellin Basengezi ravive le débat sur les dynasties politiques en RDC
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a procédé mercredi à une vaste série de nominations à la tête de plusieurs entreprises et établissements publics stratégiques.
Si plusieurs changements concernent des secteurs clés de l’administration, c’est surtout la désignation de Marcellin Basengezi Mukolo à la direction générale de l’Office national d’identification de la population (ONIP) qui suscite de vives réactions.
Les ordonnances présidentielles, lues sur les antennes de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), touchent notamment la Direction générale des impôts (DGI), l’Office congolais de contrôle (OCC), l’Agence nationale du médicament (ANAMED), l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) ainsi que plusieurs agences de promotion de l’entrepreneuriat.
À la DGI, Barnabé Muakadi Mwamba conserve son poste de directeur général. Il sera désormais épaulé par Bobine Muderwa, nommée directrice générale adjointe chargée de l’administration, et par Kabwa Kalumba Maurice, désigné directeur général adjoint en charge du fiscal et des réformes.
D’autres changements importants sont également enregistrés à l’Office congolais de contrôle, où Patrice Nowa prend la présidence du conseil d’administration tandis qu’Osumba Pierre est nommé directeur général. Christelle Mwabilu occupera le poste de directrice générale adjointe.
Mais au-delà de cette redistribution des cartes dans plusieurs institutions publiques, l’attention s’est rapidement portée sur l’ONIP, un organisme appelé à jouer un rôle central dans l’identification des citoyens congolais et les futurs processus de recensement.
Une nomination qui fait débat
À l’ONIP, Aristide Bulakali est nommé président du conseil d’administration. La direction générale revient à Marcellin Basengezi Mukolo, assisté de Sumanza Koy et d’Eugénie Kibaliam en qualité de directeurs généraux adjoints.
Quelques heures seulement après l’annonce des ordonnances, les réactions se sont multipliées sur les réseaux sociaux. En cause : les liens familiaux de Marcellin Basengezi Mukolo avec Norbert Basengezi Kantitima, actuel deuxième vice-président du Sénat et figure influente de la majorité politique.
Pour plusieurs observateurs, cette nomination relance les accusations récurrentes de népotisme dans la gestion des institutions publiques congolaises. Les critiques soulignent que Marcellin Basengezi Mukolo avait déjà occupé des fonctions importantes au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), à une époque où son père exerçait les fonctions de vice-président de cette même institution.
Cette nouvelle promotion intervient également dans un contexte où la famille Basengezi occupe déjà plusieurs postes de premier plan au sein des institutions du pays. Une situation qui alimente les interrogations sur la concentration du pouvoir et des responsabilités publiques au sein d’un même cercle familial.
Le poids des sanctions américaines
La controverse est d’autant plus importante que Marcellin Basengezi Mukolo avait été visé en 2019 par des sanctions américaines. Washington l’accusait alors d’avoir participé à des actions ayant contribué à compromettre le processus démocratique en République démocratique du Congo.
Pour certains analystes, son accession à la tête d’un établissement aussi stratégique que l’ONIP démontre les limites de l’impact à long terme des sanctions internationales sur les carrières politiques et administratives en RDC.
D’autres rappellent toutefois qu’aucune disposition légale congolaise n’empêche sa nomination et que le choix des dirigeants des entreprises publiques relève des prérogatives constitutionnelles du chef de l’État.
Une réforme de l’État sous surveillance
Au-delà des controverses, ces nominations s’inscrivent dans la volonté affichée par les autorités de renforcer l’efficacité des administrations publiques et d’accélérer plusieurs réformes économiques et institutionnelles.
Reste que le cas de l’ONIP risque d’éclipser une partie de cette vaste vague de nominations. Alors que l’institution est appelée à jouer un rôle déterminant dans l’identification de la population congolaise, la désignation de Marcellin Basengezi Mukolo place déjà la question de la gouvernance, de la transparence et du mérite au cœur du débat public.
Pour de nombreux Congolais, cette nomination dépasse désormais le simple cadre administratif : elle symbolise les interrogations persistantes sur la place des réseaux familiaux dans l’accès aux fonctions stratégiques de l’État.
