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Rwanda : deux journalistes arrêtés après un reportage sur le centre de détention controversé de Kwa Kabuga

La répression contre les médias indépendants se poursuit au Rwanda. Deux journalistes affiliés à la chaîne YouTube Imbarutso ya Demokarasi ont été placés en détention provisoire après avoir réalisé un reportage sur Kwa Kabuga, également connu sous le nom de Centre de transit de Kigali, un site de détention non officiel régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits humains.

Les deux hommes, Augustin Nsanzimana, caméraman et monteur, et Emmanuel Niyonshuti, journaliste de télévision, sont poursuivis pour avoir diffusé des informations que le parquet qualifie de « rumeurs pouvant provoquer la peur ».

Cette accusation, jugée particulièrement vague par les défenseurs des libertés publiques, a été retenue lors d’une audience tenue le 26 mai. Leur maintien en détention a été confirmé par un juge le 2 juin.

Selon leurs avocats, les deux journalistes n’ont pas eu accès à une assistance juridique durant les six premiers jours de leur détention.

Avant leur arrestation, Augustin Nsanzimana avait signalé à ses proches que des individus qu’il identifiait comme des agents du Bureau d’enquête rwandais avaient pénétré à son domicile à Kigali.

De son côté, Emmanuel Niyonshuti avait cessé de répondre aux appels et messages après avoir évoqué des menaces à son encontre. Les autorités ont confirmé leur arrestation trois jours plus tard.

Cette affaire intervient peu après la publication sur YouTube d’une enquête évoquant plusieurs décès présumés à l’intérieur de Kwa Kabuga. Ce centre est depuis longtemps au cœur de nombreuses critiques.

Des organisations de défense des droits humains y ont documenté des cas de détentions arbitraires et de mauvais traitements visant notamment des sans-abris, des vendeurs ambulants, des travailleuses du sexe et des enfants des rues, souvent privés de toute procédure judiciaire régulière.

L’arrestation des deux journalistes s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions de la liberté d’expression au Rwanda. Les voix critiques qui dénoncent les défaillances des services publics, donnent la parole à l’opposition ou remettent en question le discours officiel du gouvernement font régulièrement l’objet de poursuites ou de mesures de répression.

Le climat s’est encore assombri en mai dernier avec le décès en prison d’Aimable Karasira, le jour même où il devait retrouver la liberté. Condamné notamment pour « divisionnisme », cet universitaire et créateur de contenu avait été arrêté en 2021 après avoir publiquement évoqué la perte de membres de sa famille durant les violences de 1994 et critiqué certaines actions du pouvoir en place.

Aujourd’hui, plus d’une dizaine de journalistes, commentateurs politiques et militants de l’opposition demeurent emprisonnés au Rwanda. Plusieurs d’entre eux ont été poursuivis après avoir utilisé YouTube pour dénoncer des abus ou aborder des sujets sensibles. Les organisations de défense des droits humains réclament leur libération immédiate et appellent les autorités rwandaises à réformer les dispositions légales utilisées pour poursuivre les voix critiques, afin de les rendre conformes aux normes internationales relatives à la liberté d’expression.

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