Beni : les ADF frappent à quelques mètres de la résidence du gouverneur militaire, la colère éclate dans la ville
Une nouvelle fois, la ville de Beni s’est réveillée sous le choc. Dans la nuit de mercredi à jeudi, vers 3 heures du matin, des combattants des ADF ont mené une incursion dans la cellule Munzambaye, au quartier Boikene, à proximité immédiate de la résidence du gouverneur militaire du Nord-Kivu.
Selon plusieurs sources locales, au moins trois personnes ont été tuées lors de cette attaque. Des habitants rapportent également que plusieurs civils auraient été pris en otage par les assaillants avant l’intervention des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), qui affirment avoir repoussé les rebelles. Cette nouvelle attaque s'inscrit dans un contexte de violences persistantes dans la région de Beni, régulièrement ciblée par les ADF malgré les opérations militaires en cours.
Mais au-delà du bilan humain, c’est surtout le lieu de l’attaque qui suscite l’indignation. Comment des rebelles ont-ils pu opérer dans un quartier aussi stratégique, situé à quelques mètres seulement de la résidence du gouverneur militaire, sans être neutralisés avant de commettre leurs exactions ?
Pour de nombreux habitants, cette incursion constitue une démonstration inquiétante des failles sécuritaires qui persistent au cœur même de la ville. Si les ADF peuvent atteindre une zone aussi sensible, la population s’interroge sur le niveau réel de protection dont bénéficient les autres quartiers et les villages périphériques.
La colère populaire n’a pas tardé à se manifester. Une vive tension a été observée ce jeudi matin dans le centre-ville de Beni, où des tirs ont été entendus à la suite d’une manifestation spontanée des conducteurs de motos-taxis.
Selon plusieurs témoignages, les taximen sont descendus dans les rues pour dénoncer la détérioration continue de la situation sécuritaire et exprimer leur ras-le-bol face à la multiplication des attaques. Les manifestants ont accusé les autorités de ne pas prendre des mesures suffisantes pour protéger les populations civiles, malgré les nombreuses alertes lancées depuis plusieurs années.
Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les protestataires. Peu après, des tirs ont été entendus dans plusieurs secteurs du centre-ville, provoquant un mouvement de panique parmi les habitants et perturbant temporairement les activités économiques.
Cette réaction populaire traduit le profond sentiment d’abandon qui gagne une partie de la population de Beni. À chaque nouvelle attaque, les autorités annoncent des opérations de poursuite. À chaque drame, les mêmes promesses de renforcement sécuritaire sont formulées. Pourtant, les ADF continuent de frapper, parfois même dans des zones censées être parmi les mieux sécurisées de la ville. Plusieurs attaques meurtrières récentes ont d'ailleurs provoqué des manifestations similaires dans la région, où les habitants dénoncent régulièrement l'inefficacité des dispositifs de protection.
Aujourd’hui, les familles des victimes réclament justice. Les proches des personnes enlevées attendent leur libération. Et l’ensemble de la population de Beni exige des réponses concrètes.
Car lorsqu’un groupe armé est capable de tuer, d’enlever et de semer la terreur à quelques mètres de la résidence du gouverneur militaire, ce n’est plus seulement une question d’insécurité : c’est toute l’autorité de l’État qui se retrouve publiquement défiée.
