Image Post

Pour qui travaillez-vous réellement ? » : la lettre explosive de Denis Mukwege à Félix Tshisekedi

À l'occasion du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a adressé une lettre ouverte particulièrement sévère au président Félix Tshisekedi.

Dans ce document daté du 30 juin 2026, le Prix Nobel de la paix dresse un bilan extrêmement critique de sept années de gouvernance et alerte sur ce qu'il qualifie de « crise existentielle » menaçant l'avenir du pays.

Dès les premières lignes, le célèbre gynécologue congolais donne le ton.

« Je ne vous écris pas pour vous souhaiter une bonne fête nationale car il n'y a rien à célébrer : la Nation est en crise existentielle et en danger de balkanisation ou d'annexion. »

Selon lui, la situation sécuritaire, politique et sociale du pays s'est profondément détériorée, tandis que la souffrance des populations a atteint « le seuil de ce qui est humainement tolérable ».

Un rappel des promesses non tenues sur la justice

Dans sa lettre, Denis Mukwege revient sur les débuts du mandat de Félix Tshisekedi en 2019. Il explique avoir volontairement observé une certaine réserve afin de donner une chance au nouveau président de redresser le pays après les années de pouvoir de Joseph Kabila.

Toutefois, il regrette aujourd'hui l'absence de progrès dans la lutte contre l'impunité et la mise en œuvre d'une véritable justice transitionnelle.

Le Prix Nobel affirme avoir, à plusieurs reprises, plaidé pour la création d'un tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes documentés notamment dans le célèbre Rapport Mapping des Nations Unies.

« Malgré vos promesses répétées de saisir le Conseil de sécurité des Nations Unies, force est de constater que rien n'a été entrepris jusqu'à aujourd'hui. »

Pour lui, l'absence de poursuites judiciaires contre les auteurs des crimes les plus graves continue d'alimenter l'instabilité dans le pays.

L'état de siège pointé du doigt

Autre sujet majeur de critique : l'état de siège instauré en avril 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.

Denis Mukwege estime que cette mesure exceptionnelle, censée améliorer la sécurité, a produit l'effet inverse.

« Cet état de siège a été renouvelé jusqu'à ce jour et a paradoxalement contribué à une détérioration de la situation sécuritaire, à une augmentation du nombre de victimes civiles et à une détérioration alarmante de la situation des droits humains. »

Le médecin congolais critique également la nomination de responsables militaires dont certains auraient été cités dans le Rapport Mapping de l'ONU.

Une diplomatie régionale jugée incohérente

Dans son réquisitoire, Mukwege accuse également le pouvoir de Kinshasa d'avoir multiplié les initiatives diplomatiques sans véritable coordination.

Il cite notamment les processus de Nairobi, Doha, Luanda, Washington ainsi que les interventions de la Communauté d'Afrique de l'Est, de la SADC et de l'Union africaine.

« Vous avez multiplié à tort des initiatives de résolution des conflits sans aucune coordination ni vision, créant davantage de confusion que de pacification. »

Selon lui, cette approche a contribué à l'internationalisation du conflit dans l'Est du pays, notamment avec la résurgence du M23 et la poursuite de l'implication du Rwanda dans la crise sécuritaire.

Les accords avec l'Ouganda, le Burundi et le Rwanda dénoncés

L'ancien candidat à la présidentielle critique également les accords ayant permis aux armées de l'Ouganda et du Burundi d'opérer sur le territoire congolais.

Il affirme avoir mis en garde contre ce qu'il qualifie « d'externalisation de la sécurité nationale ».

Plus sévère encore, Denis Mukwege revient sur l'accord économique signé le 26 juin 2021 entre la RDC et le Rwanda concernant l'exploitation et la commercialisation des minerais du Kivu.

« Vous aviez pris de court tout le monde en signant un accord économique avec le Rwanda pour exploiter et commercialiser formellement les minerais du Kivu. »

Pour le Prix Nobel, cet accord a envoyé un signal contradictoire alors que Kinshasa dénonçait parallèlement l'implication de Kigali dans l'insécurité à l'Est.

La MONUSCO et l'Accord d'Addis-Abeba au cœur des préoccupations

Denis Mukwege reproche également au gouvernement d'avoir favorisé un retrait accéléré de la MONUSCO.

Selon lui, cette décision a contribué à créer un vide sécuritaire dans plusieurs zones sensibles.

« Un retrait précipité de la mission onusienne laisserait un vide propice à favoriser les ennemis de la paix. »

Le médecin regrette par ailleurs que les engagements contenus dans l'Accord-cadre d'Addis-Abeba n'aient pas été pleinement mis en œuvre.

Il considère notamment que les réformes de l'armée, de la police et des services de renseignement ont été négligées malgré leur importance pour la défense de la souveraineté nationale.

Cette lettre ouverte intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par la poursuite des combats dans l'Est du pays, les discussions sur la réforme constitutionnelle et les débats autour du bilan du second mandat de Félix Tshisekedi.

Par son ton particulièrement critique, Denis Mukwege relance le débat sur les choix politiques et sécuritaires opérés depuis 2019. Son intervention risque également d'alimenter les discussions au sein de la classe politique congolaise à l'approche des prochaines grandes échéances nationales.

Au-delà des critiques, le Prix Nobel lance surtout un appel à un sursaut national afin de préserver l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, qu'il estime aujourd'hui gravement menacées.

laissez votre commentaire