RDC-Rwanda : l’accord de paix parrainé par Trump déjà fragilisé, symbole de l’impuissance internationale face à Kigali
L’accord de paix signé en décembre 2025 entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous l’égide de l’administration de Donald Trump pourrait ne pas survivre à l’épreuve du terrain.
C’est l’avertissement lancé par les chercheurs Joshua Z. Walker, Reagan Miviri et Jason K. Stearns dans une analyse publiée par la revue spécialisée en relations internationales Foreign Affairs.
Selon les auteurs, la diplomatie transactionnelle privilégiée par Washington risque de produire l’effet inverse de celui recherché : au lieu de stabiliser l’est de la RDC, elle pourrait consolider les causes profondes du conflit tout en renforçant les calculs politiques des différents acteurs.
Une paix signée pendant que la guerre se préparait
L’un des constats les plus frappants de l’analyse est le décalage entre les engagements diplomatiques et la réalité militaire. Alors même que l’accord était célébré comme une avancée majeure vers la paix, des mouvements de troupes rwandaises étaient déjà signalés dans le Sud-Kivu.
Quelques jours plus tard, la ville stratégique d’Uvira tombait sous le contrôle du M23, un groupe rebelle que de nombreux rapports des Nations unies accusent d’être soutenu par Kigali.
Pour les chercheurs, cette séquence illustre la faiblesse des mécanismes de vérification et de dissuasion mis en place par les puissances occidentales. En d’autres termes, la communauté internationale continue de négocier des accords sans disposer des moyens politiques nécessaires pour empêcher leur violation.
« La paix ne peut être construite sur des engagements qui ne sont pas accompagnés de conséquences claires en cas de non-respect », résument en substance les auteurs.
L’échec répété de la fermeté internationale
Au-delà du cas américain, cette analyse met en lumière un problème plus large : l’incapacité chronique des États occidentaux et des organisations internationales à imposer un coût politique significatif au Rwanda malgré les accusations récurrentes d’ingérence militaire en RDC.
Depuis plus de deux décennies, plusieurs rapports d’experts des Nations unies documentent le soutien présumé de Kigali à différentes rébellions opérant dans l’est congolais. Pourtant, les sanctions demeurent limitées, souvent temporaires et rarement suivies d’effets durables.
Cette prudence diplomatique contraste avec la gravité des conséquences humanitaires du conflit, qui a provoqué le déplacement de millions de personnes et déstabilisé durablement toute la région des Grands Lacs.
Pour de nombreux observateurs, cette retenue internationale alimente un sentiment d’impunité et contribue à la répétition des cycles de violence.
Les minerais congolais au cœur des calculs géopolitiques
L’analyse de Foreign Affairs souligne également que la stratégie américaine semble davantage orientée vers la sécurisation de l’accès aux minerais stratégiques congolais que vers la résolution durable du conflit.
Le cobalt, le cuivre et le lithium sont devenus des ressources essentielles pour la transition énergétique mondiale et la production de batteries électriques. Washington cherche à réduire sa dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine et considère la RDC comme un partenaire clé dans cette compétition géoéconomique.
Selon les auteurs, cette priorité aurait conduit l’administration Trump à privilégier une approche pragmatique, parfois au détriment des exigences démocratiques et sécuritaires.
Des inquiétudes sur l’avenir politique de la RDC
Les chercheurs mettent également en garde contre les conséquences politiques internes de cette stratégie.
Ils rapportent que certains proches du président Félix Tshisekedi seraient convaincus que les États-Unis pourraient fermer les yeux sur une éventuelle remise en cause des limites constitutionnelles des mandats présidentiels en échange d’un accès privilégié aux ressources minières du pays.
Une telle perception, même si elle n’est pas officiellement assumée par Washington, risque selon eux d’encourager des dérives institutionnelles et de fragiliser davantage la stabilité politique congolaise.
Dans leur conclusion, les auteurs estiment que les États-Unis doivent adopter une position plus équilibrée : exercer une pression réelle sur Kigali concernant son implication dans l’est de la RDC, tout en exigeant de Kinshasa le respect de la Constitution, de l’État de droit et des compromis nécessaires dans les discussions avec le M23.
Une paix encore loin d’être garantie
Pour les auteurs de l’étude, le risque est double. D’une part, le conflit pourrait s’enliser durablement malgré les accords signés. D’autre part, Washington pourrait échouer à atteindre son objectif stratégique de sécuriser des chaînes d’approvisionnement alternatives à la Chine.
Plus largement, cette situation illustre les limites d’une diplomatie fondée principalement sur les intérêts économiques. Tant que les violations des accords ne seront pas suivies de mesures concrètes et que les acteurs régionaux ne seront pas tenus responsables de leurs engagements, les initiatives de paix risquent de demeurer des exercices diplomatiques sans impact réel sur le terrain.
Dans l’est de la RDC, où les populations continuent de payer le prix des affrontements, la crédibilité de la communauté internationale est désormais mise à l’épreuve autant que celle des signataires de l’accord.

Commentaires (Total : 1)
Olivier KANGIKA
Les USA, l' U.E. , la RDC et le RWANDA ne voient pas ce que sont devenus le Mali , le Niger et le Burkina Faso : la France a provoqué la pauvreté dans les Pays du Sahel et je crois que la Russie l' a misé à nue et elle ne veut pas abandonner sa lutte. On dirait que Dieu les a endurcis comme Hitl...