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RDC : Paris accuse le M23 de financer sa rébellion grâce au coltan congolais

La France a réaffirmé son soutien à l’initiative de la République démocratique du Congo (RDC) visant à placer la gouvernance des ressources naturelles au cœur des débats du Conseil de sécurité des Nations unies.

Pour Paris, l’exploitation illégale des ressources demeure l’un des principaux moteurs des conflits armés et représente aujourd’hui un défi majeur pour la paix et la sécurité internationales.

Cette position a été exprimée lundi 13 juillet à New York par l’ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, lors d’une réunion en formule Arria organisée à l’initiative de la RDC dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité.

L’initiative congolaise vise notamment à combler les lacunes du cadre normatif international face aux économies de guerre et à promouvoir une gestion plus cohérente des ressources naturelles.

Kinshasa souhaite faire de ces ressources un levier de paix, de transition énergétique, de transformation numérique et de résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les ressources naturelles au cœur des conflits

Devant les membres du Conseil de sécurité, Jérôme Bonnafont a souligné que la compétition pour le contrôle des ressources naturelles alimente de nombreuses crises à travers le monde.

« La compétition pour le contrôle des ressources naturelles constitue à la fois un facteur de conflit et d’instabilité, mais aussi une source de revenus pour de trop nombreux acteurs, locaux ou internationaux, qui se livrent à leur exploitation illégale », a déclaré le diplomate français.

Selon lui, cette réalité explique pourquoi le Conseil de sécurité a renforcé ces dernières années son suivi de la question, notamment à travers plusieurs réunions consacrées aux liens entre ressources naturelles, financement des groupes armés et sécurité internationale.

L’Afrique particulièrement touchée

Le représentant français a insisté sur la situation du continent africain, où les ressources naturelles continuent d’alimenter des conflits prolongés et de financer des acteurs armés.

« Cet accaparement illégal des ressources nourrit les conflits, alimente la violence et perpétue les souffrances des populations civiles », a-t-il affirmé, citant notamment le cas du Soudan, où le pillage de l’or et de la gomme arabique contribue au financement des belligérants.

Pour Paris, la lutte contre les trafics de ressources naturelles doit désormais être considérée comme un élément essentiel des stratégies de prévention et de résolution des conflits.

Le M23 directement mis en cause

Évoquant la situation dans l’est de la RDC, Jérôme Bonnafont a accusé le mouvement rebelle AFC/M23 de tirer profit de l’exploitation des ressources minières dans les territoires qu’il contrôle.

« Le M23 contrôle entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan à travers le site de Rubaya, finançant ainsi son administration illégale, en violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo », a-t-il déclaré.

Le diplomate a également dénoncé les conséquences de cette exploitation sur les populations locales.

« Les populations congolaises subissent depuis trop longtemps les effets des prédations sur leurs ressources minières, perpétrées par des acteurs extérieurs et des groupes armés », a-t-il ajouté.

Appel au respect de la résolution 2773

La France a par ailleurs renouvelé son appel à l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée dans le contexte de la crise dans l’est de la RDC.

« La France appelle une nouvelle fois les parties à se conformer à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige la cessation immédiate des hostilités, le retrait effectif des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien rwandais au M23 ainsi que la neutralisation effective des FDLR par la République démocratique du Congo », a insisté Jérôme Bonnafont.

Le représentant français a également rappelé que cette résolution encourage le renforcement des mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais afin de lutter contre leur exploitation illicite.

Renforcer les sanctions contre les réseaux de trafic

Paris estime que le Conseil de sécurité doit utiliser davantage les instruments dont il dispose pour couper les sources de financement des groupes armés.

« Les régimes de sanctions associés doivent être mobilisés chaque fois que nécessaire afin de rompre le lien entre le pillage des ressources naturelles et le financement des acteurs des conflits », a plaidé Jérôme Bonnafont.

Selon lui, les groupes d’experts mandatés par l’ONU jouent un rôle essentiel pour documenter les circuits de contrebande et démontrer leur contribution au financement d’activités déstabilisatrices, notamment en RDC, au Soudan et en République centrafricaine.

Une priorité de la présidence congolaise du Conseil de sécurité

Cette réunion s’inscrit dans la série d’activités organisées par la RDC durant sa présidence du Conseil de sécurité. Elle intervient quelques jours après le briefing consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, présidé le 8 juillet par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka.

À travers ces initiatives, Kinshasa cherche à mettre en lumière les conséquences humaines des économies de guerre, tout en plaidant pour un renforcement des mécanismes internationaux de prévention, de protection des victimes et de lutte contre l’impunité.

Un contexte diplomatique toujours fragile

Ces discussions se déroulent alors que la RDC et les États-Unis ont renforcé leur coopération autour des minerais critiques et que l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali prévoit un retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés actifs dans l’est du pays.

Malgré ces avancées diplomatiques, la situation sécuritaire reste préoccupante. Les rebelles de l’AFC/M23 continuent de contrôler Goma, Bukavu et plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les négociations menées à Doha sous médiation qatarie entre Kinshasa et la rébellion demeurent dans l’impasse.

Dans ce contexte, la RDC tente de maintenir la pression diplomatique au sein des Nations unies afin de faire reconnaître le rôle central de l’exploitation illicite des ressources naturelles dans le financement des conflits et l’instabilité persistante dans la région des Grands Lacs.

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