De la guerre aux photos de famille : Tshisekedi et le M23, le peuple oublié
À Goma, des officiers des Forces armées de la RDC, des représentants de l’AFC/M23, des observateurs de l’Union africaine et de la MONUSCO ont posé ensemble pour la photo officielle du nouveau Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVE+), chargé de surveiller le respect du cessez-le-feu.
Sur le papier, l'initiative est présentée comme une avancée vers la paix. Les responsables du mécanisme promettent neutralité, professionnalisme et travail fondé sur les faits. Kinshasa et l’AFC/M23 affirment vouloir créer les conditions d’une paix durable.
Mais pour de nombreux Congolais de l'Est, cette image a une résonance particulière : celle d'un pouvoir qui accepte désormais de collaborer avec un mouvement qu'il présentait hier encore comme un ennemi responsable de l'occupation de territoires congolais et de nombreuses souffrances infligées aux populations civiles.
Une population absente des discussions
Depuis plusieurs années, les habitants du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri vivent au rythme des massacres, des déplacements forcés, des viols, des pillages et de la faim.
Des milliers de familles ont perdu leurs proches. Des villages entiers ont été rayés de la carte. Des enfants ont grandi dans des camps de déplacés sans accès régulier à l'école ni aux soins.
Pourtant, au cœur des négociations entre le gouvernement de Félix Tshisekedi et l’AFC/M23, les victimes semblent souvent absentes des discussions.
« On parle beaucoup de mécanismes, de cessez-le-feu et de vérification, mais très peu des familles qui continuent de souffrir », déplore un acteur de la société civile à Goma.
De la guerre à la coopération
Pendant des mois, Kinshasa a dénoncé le M23 comme une force d'agression soutenue par le Rwanda. Les autorités congolaises ont multiplié les discours promettant une reconquête militaire des territoires occupés.
Aujourd'hui, des représentants du gouvernement et ceux de l’AFC/M23 siègent dans le même dispositif chargé de surveiller le respect de la trêve.
Cette évolution peut être interprétée comme un choix pragmatique en faveur de la paix. Mais elle soulève aussi un profond malaise chez de nombreuses victimes.
Comment expliquer à des populations déplacées que ceux qui étaient qualifiés d'agresseurs deviennent désormais des partenaires de discussions ? Comment convaincre les familles endeuillées que leur souffrance n'est pas sacrifiée sur l'autel du réalisme politique ?
La paix des accords face à la réalité du terrain
L'accord de Doha, les discussions de Montreux et l'installation du MCVE+ témoignent d'une intense activité diplomatique.
Pourtant, sur le terrain, les accusations de violations du cessez-le-feu continuent. Les populations signalent encore des mouvements de groupes armés, des violences et des tensions dans plusieurs zones de l'Est.
Pour beaucoup de Congolais, la paix ne se mesure pas aux communiqués officiels ni aux cérémonies protocolaires. Elle se mesure à la sécurité retrouvée dans les villages et au retour des déplacés dans leurs foyers.
Le peuple oublié
Pendant que les responsables politiques négocient dans les hôtels, les salles de conférence ou les mécanismes de vérification, des millions de Congolais continuent de vivre dans des conditions extrêmement difficiles.
La faim progresse dans plusieurs zones affectées par le conflit. Les centres de santé manquent de ressources. Les écoles peinent à fonctionner. Les violences sexuelles continuent de détruire des vies.
Pour ces populations, la question n'est pas de savoir qui siège au sein du MCVE+.
La question est de savoir quand la guerre prendra réellement fin.
Une paix qui devra rendre des comptes
La coopération entre le gouvernement Tshisekedi et l’AFC/M23 dans le cadre du mécanisme de vérification peut constituer une étape vers la désescalade.
Mais elle ne sera crédible que si elle produit des résultats concrets pour les populations.
Car au-delà des accords et des mécanismes, une réalité demeure : depuis des décennies, les habitants de l'Est de la RDC paient le prix des calculs militaires, des intérêts géopolitiques et des compromis politiques.
Et pour beaucoup de Congolais, voir aujourd'hui Tshisekedi et le M23 engagés dans un même processus suscite une interrogation légitime : cette nouvelle coopération servira-t-elle enfin la paix ou ne sera-t-elle qu'un épisode de plus dans un conflit où le peuple reste le grand oublié ?

Commentaires (Total : 1)
ASIFIWE MITIMA Benjamin
Que Dieu pardonne ces dirigeants insensé congolais vraiment