Bob Kabamba Kazadi : « Le péché originel de la RDC, c'est d'avoir récompensé ceux qui prennent les armes »
En République démocratique du Congo, le politologue Bob Kabamba Kazadi estime que le recours aux armes demeure un moyen d'accéder aux négociations politiques.
Selon lui, cette logique, héritée des différentes crises qu'a connues le pays depuis l'indépendance, contribue à alimenter le cycle des rébellions.
Invité d'un Space animé par le journaliste Stanis, l'universitaire est revenu sur ce qu'il qualifie de « péché originel » du système politique congolais.
« Le péché originel du système politique congolais, c'est de récompenser la prise des armes », a-t-il déclaré. « Depuis plusieurs décennies, des acteurs exclus des processus politiques ont compris qu'en prenant les armes, ils finissaient par être invités à la table des négociations. »
Le professeur de sciences politiques cite notamment le dialogue intercongolais de Sun City, organisé au début des années 2000. Selon lui, certains mouvements armés ont alors obtenu une reconnaissance politique après avoir engagé une rébellion.
Pour Bob Kabamba Kazadi, cette logique s'est également traduite dans les différentes opérations de brassage et d'intégration au sein des Forces armées de la RDC.
« On a vu des chefs rebelles devenir généraux, parfois sans disposer de véritables unités sous leur commandement. Pendant ce temps, une partie de leurs combattants continuait d'opérer sur le terrain », affirme-t-il.
L'universitaire estime que ces intégrations successives ont affaibli les institutions militaires tout en envoyant un signal selon lequel la violence pouvait constituer un levier d'ascension politique.
Abordant la question de la justice, Bob Kabamba Kazadi considère que les autorités congolaises, comme une partie de la communauté internationale, ont souvent privilégié les accords de paix au détriment des poursuites judiciaires contre les auteurs présumés de crimes liés aux conflits.
« On a préféré la paix à la justice », résume-t-il. « Cette approche a entretenu un sentiment d'impunité chez de nombreux acteurs. »
Le politologue évoque également le rôle de la Cour pénale internationale (CPI), estimant que certaines procédures peuvent être suspendues ou reléguées au second plan lorsque des négociations politiques sont en cours.
Enfin, Bob Kabamba Kazadi estime que la mise en place d'une véritable justice transitionnelle demeure difficile dans un contexte où plusieurs acteurs ayant participé aux conflits ont ensuite intégré les institutions de l'État.
« Il est compliqué de demander à ceux qui ont bénéficié de ce système de mettre en place des mécanismes susceptibles d'examiner leurs propres responsabilités », conclut-il.
Le chercheur rappelle enfin que les accusations de violations des droits humains concernent aussi bien certains groupes armés que des éléments des forces gouvernementales, estimant qu'une paix durable passe par une justice appliquée à l'ensemble des parties impliquées.

Commentaires (Total : 2)
Elie BADERHA
Le Professeur dit vrai, la culture de l'impunité. La science en RDC n'a pas aussi aidé. Les universitaires congolais une fois aux affaires politiques se sont laissés manipulés pour des intérêts partisanes égoïstes .oh nos docteurs en économie aux affaires et le chômage dans un pays rép...
CYADIMBA NTUMBA
Mukualukusa7@yahoo.com