Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a officiellement annoncé jeudi soir le lancement du « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ».
Dans une adresse à la nation, le chef de l’État a appelé les Congolais à dépasser leurs divisions politiques et sociales afin de s’attaquer aux causes profondes des crises qui secouent le pays depuis plusieurs décennies.
« Ce n’est plus une crise passagère, c’est une génération entière qui est décimée », a déclaré Félix Tshisekedi en évoquant les trois décennies de conflits dans l’est de la RDC.
Il a appelé les Congolais à « transcender leurs clivages habituels » et à transformer les épreuves actuelles en une occasion de renouveau national.
Un dialogue présenté comme une initiative congolaise
Pour Félix Tshisekedi, le recours au dialogue s’inscrit dans une longue tradition politique congolaise.
Le président a rappelé les différentes tables rondes, conférences, concertations et forums organisés au fil de l’histoire du pays pour tenter de résoudre les crises politiques et institutionnelles.
Mais il a également dressé un bilan critique de ces précédents processus.
Selon lui, les accords de paix ont trop souvent privilégié le partage du pouvoir au détriment du renforcement des institutions. Il a aussi déploré des négociations menées loin des populations et une absence de suivi des engagements.
« La signature a été confondue avec l’action », a-t-il résumé.
Le chef de l’État a également reconnu que les victimes avaient parfois été appelées à pardonner « avant d’avoir été pleinement entendues, reconnues et réparées ».
Il estime désormais que la paix doit nécessairement aller de pair avec la justice.
« La paix ne saurait signifier l’impunité », a-t-il affirmé.
Un comité pour préparer le dialogue
Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine d’une ordonnance instituant un comité chargé d’organiser le dialogue national.
Ce comité aura notamment pour mission d’assurer sa préparation administrative, matérielle et logistique.
Sur la base de son rapport préliminaire, une deuxième ordonnance doit ensuite convoquer officiellement les assises. Elle précisera notamment les principes directeurs, les différentes étapes du processus, les modalités de représentation et les mécanismes de suivi des conclusions.
Le président veut également donner une forte dimension populaire au processus.
Avant les assises nationales, des consultations doivent être organisées dans les 26 provinces du pays. Elles réuniront notamment les populations, les autorités locales, les élus, les partis politiques, la société civile, les autorités coutumières et les confessions religieuses.
« Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui », a insisté le président.
L’AFC/M23 exclu du dialogue politique
Félix Tshisekedi a toutefois fixé des limites à la participation au dialogue.
Les mouvements qui combattent les institutions par les armes, occupent une partie du territoire national ou administrent illégalement des entités de la République ne pourront pas y participer comme composantes politiques.
Le président a explicitement visé l’AFC/M23, qu’il accuse d’agir « au service d’une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda ».
« Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a-t-il martelé.
Il a néanmoins indiqué qu’une réintégration individuelle resterait possible pour ceux qui renonceraient de manière sincère et vérifiable à la lutte armée, reconnaîtraient les souffrances causées aux victimes et condamneraient l’agression contre la RDC.
Pas de substitution au processus de Doha
Le chef de l’État a également tenu à distinguer le dialogue national des négociations menées avec l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha.
Ces discussions portent notamment sur la cessation des hostilités, le désengagement, le cantonnement, le désarmement et l’accès humanitaire.
Pour Félix Tshisekedi, le dialogue national ne doit pas devenir une voie parallèle permettant d’obtenir par les armes ce qui n’a pas été obtenu par les urnes ou dans le cadre constitutionnel.
Il a aussi exclu toute remise en cause du scrutin présidentiel de 2023 et toute suspension des institutions de la République.
Washington et Doha : deux processus complémentaires
Félix Tshisekedi a par ailleurs fait le point sur les différents processus diplomatiques engagés pour tenter de mettre fin à la crise dans l’est de la RDC.
Selon lui, le processus de Washington concerne principalement la dimension interétatique du conflit entre Kinshasa et Kigali.
Le processus de Doha porte pour sa part sur les discussions avec l’AFC/M23, notamment la cessation des hostilités, les mécanismes de vérification et l’accès humanitaire.
Le président a salué ces initiatives, tout en prévenant qu’elles ne pourront pas, à elles seules, régler les divisions internes du pays.
« Elles ne peuvent à elles seules réparer toutes les fractures », a-t-il déclaré.
Pas d’amnistie pour les crimes les plus graves
Le président congolais a également posé une limite en matière de justice.
Les mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration, relèvement communautaire et stabilisation, notamment le PDDRCS, pourront accompagner les combattants qui renoncent à la violence.
Mais Félix Tshisekedi exclut toute amnistie générale pour les crimes les plus graves.
Les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves ne pourront, selon lui, être effacés au nom d’un compromis politique.
« Nous ne construirons pas la réconciliation sur l’oubli », a-t-il déclaré.
Appel aux partenaires internationaux
Félix Tshisekedi a enfin sollicité un engagement accru des partenaires internationaux, notamment des États-Unis, du Qatar, de l’Union africaine et de l’Union européenne.
Il souhaite que cet accompagnement contribue au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, au désarmement de l’AFC/M23 et à l’aboutissement des processus de Washington et de Doha.
« Aux États et organisations partenaires, notamment les États-Unis d’Amérique, l’État du Qatar, l’Union africaine et l’Union européenne, les participants solliciteront un accompagnement ferme et constant », a-t-il déclaré.
Le chef de l’État a également appelé les acteurs politiques, sociaux et religieux à renoncer aux discours de haine et à privilégier « l’intérêt supérieur de la République ».
S’adressant particulièrement à la jeunesse, il l’a invitée à prendre toute sa place dans ce processus qui, selon lui, « engage l’État dont elle héritera demain ».
Félix Tshisekedi a conclu son adresse en annonçant officiellement le lancement du « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », affirmant qu’il s’engage personnellement à garantir son indépendance et sa sécurité.

