La tension monte à nouveau entre Kinshasa et Kigali. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mardi 29 septembre, la République démocratique du Congo a accusé les forces rwandaises d’être à l’origine d’une frappe de drone menée la veille contre une position des Forces armées de la RDC à Pinga, dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu.
Selon la délégation congolaise, cette frappe aurait fait cinq morts et huit blessés graves. Kinshasa demande au Conseil de sécurité de faire vérifier les circonstances de l’incident et de le condamner.
Des sources locales et militaires avaient confirmé lundi qu’un drone avait ciblé une position des FARDC à l’aérodrome de Pinga. Ces premières informations attribuaient toutefois l’attaque à l’AFC/M23, sans établir publiquement un bilan humain définitif. (Cable.cd)
Kinshasa défend ses engagements
Lors de son intervention devant le Conseil de sécurité, la RDC a rejeté les accusations selon lesquelles elle ne respecterait pas ses engagements dans les différents processus de paix.
Kinshasa a notamment cité sa participation au processus de Doha ainsi que les premières missions du Mécanisme conjoint de vérification élargi plus, notamment à Minembwe et à Masisi.
Le gouvernement congolais a également rappelé avoir signé, dans le cadre du processus de Washington, un protocole portant sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des combattants des FDLR-FOCA, avec pour objectif leur retour au Rwanda.
Plusieurs groupes armés ont ensuite adhéré à ce dispositif, selon la délégation congolaise.
Le processus de paix reste toutefois fragile. Le Conseil de sécurité avait déjà relevé la persistance des affrontements dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu malgré les différents cessez-le-feu et initiatives diplomatiques. (Security Council Report)
Une frappe dénoncée par Kinshasa
C’est dans ce contexte que la RDC affirme que les forces rwandaises ont mené, lundi 28 septembre, une frappe de drone de type TB2 contre une position congolaise à Pinga.
Kinshasa soutient que l’attaque est intervenue alors que les FARDC préparaient une opération visant les FDLR.
Cette version doit toutefois être distinguée des premières informations disponibles sur l’attaque de Pinga. Celles-ci faisaient état d’une frappe attribuée à l’AFC/M23 contre l’aérodrome, sans établir à ce stade un lien direct avec l’armée rwandaise. (Cable.cd)
La RDC demande donc une vérification indépendante de l’incident.
Kinshasa vise également les contingents rwandais
Au-delà de la frappe de Pinga, la délégation congolaise a renouvelé sa demande concernant la participation de contingents rwandais aux opérations de maintien de la paix des Nations unies.
Kinshasa invoque notamment la résolution 2773 du Conseil de sécurité et demande la suspension de tout déploiement de contingents rwandais dans les opérations de paix de l’ONU tant que les forces rwandaises n’auront pas été vérifiées comme retirées du territoire congolais.
La RDC estime qu’un État ne peut pas, selon son expression, agir à la fois « en pompiers et en pyromanes ».
Cette prise de position intervient alors que la MONUSCO poursuit son mandat de protection des civils et d’appui aux processus de paix. Son chef, James Swan, s’est encore rendu récemment à Beni et à Bunia, où il a insisté sur la dégradation de la situation sécuritaire et sur la nécessité de renforcer la protection des populations. (Monusco)
Le Conseil de sécurité doit désormais examiner les différents éléments présentés par les parties, alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de faire respecter les engagements pris dans les processus de Doha et de Washington.
Par Farrel KALABULA

