L’ancien vice-président de la République, Azarias Ruberwa, a livré un réquisitoire sans concession sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Invité Jeudi 20 août dans le Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera, il a notamment évoqué la situation à Minembwe et dans les Hauts Plateaux, avant de se prononcer sur le dialogue politique, les propos de Martin Fayulu sur les Banyamulenge et l’éventualité d’un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Minembwe : Ruberwa décrit une situation « préoccupante »
Azarias Ruberwa affirme que la situation sécuritaire à Minembwe et dans les Hauts Plateaux s’est à nouveau détériorée après une période d’accalmie relative.
Selon lui, les bombardements de drones auraient repris après environ deux mois de répit, tandis que la population serait confrontée à des restrictions importantes dans ses déplacements et son accès aux marchés.
L’ancien vice-président dénonce également d’importantes destructions attribuées aux affrontements : maisons, écoles, structures sanitaires et cheptel auraient été touchés.
Face à cette situation, il réclame une enquête internationale afin d’établir les responsabilités et de documenter les violations présumées commises contre les populations civiles.
Ruberwa s’est également interrogé sur le rôle joué au fil des années par les forces alliées aux autorités congolaises dans les opérations militaires dans les Hauts Plateaux.
Il s’étonne notamment que des forces gouvernementales congolaises aient pu, selon lui, collaborer avec des troupes burundaises alors que ces opérations auraient également affecté des populations locales.
« La sécurité de Minembwe repose aujourd’hui sur Twirwaneho »
Dans son intervention, Azarias Ruberwa a également évoqué le groupe d’autodéfense Twirwaneho, présenté comme l’un des principaux acteurs armés présents dans la région de Minembwe.
Il affirme que la sécurité de la zone repose actuellement en grande partie sur ce groupe, né il y a neuf ans.
Une déclaration qui intervient alors que la présence et le rôle des groupes d’autodéfense dans l’Est congolais restent au cœur des débats sur la sécurité, la protection des civils et la responsabilité des acteurs armés.
Pour Ruberwa, l’urgence est désormais de faire respecter effectivement le cessez-le-feu sur l’ensemble des fronts.
Il plaide pour une « paix des braves », de Minembwe à Walikale, en passant par Fizi et Baraka.
Ruberwa à Fayulu : « C’est une insulte »
L’ancien vice-président s’est également montré particulièrement virulent à l’égard de Martin Fayulu au sujet de ses déclarations concernant les Banyamulenge.
Azarias Ruberwa qualifie ces propos de « scandaleux » et « honteux », appelant l’opposant à les retirer.
« C’est une insulte », a-t-il lancé, estimant que Martin Fayulu méconnaît à la fois la législation congolaise sur la nationalité et l’histoire de la République démocratique du Congo.
Pour Ruberwa, la question de l’appartenance nationale des Banyamulenge ne peut être traitée par des déclarations susceptibles, selon lui, d’alimenter davantage les tensions communautaires dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflits.
Il appelle ainsi à davantage de responsabilité dans le discours politique, particulièrement lorsqu’il s’agit de questions identitaires.
« Sinon, on fait la paix avec qui ? »
Sur le terrain politique, Azarias Ruberwa plaide pour l’ouverture d’un dialogue véritablement inclusif comme voie vers une paix durable en RDC.
Pour lui, l’expérience des précédentes crises politiques démontre que l’exclusion de certains acteurs finit souvent par compromettre les efforts de réconciliation.
« C’est ce qu’on a vu dans le passé », a-t-il rappelé.
L’ancien vice-président estime qu’un processus de paix ne peut être crédible s’il écarte précisément ceux qui constituent une partie du problème.
« Sinon, on fait la paix avec qui ? », s’est-il interrogé.
Dans cette logique, Ruberwa souhaite que toutes les parties prenantes soient associées aux discussions, y compris l’ancien président Joseph Kabila et des opposants actuellement en exil.
Pour lui, la recherche de la paix impose de parler avec les acteurs susceptibles d’influencer l’évolution de la crise, même lorsque leurs positions sont contestées.
Troisième mandat : Ruberwa met Tshisekedi en garde
Azarias Ruberwa a enfin réagi aux propos attribués au président Félix Tshisekedi concernant son éventuelle candidature à un troisième mandat.
L’ancien vice-président estime que l’évocation d’un troisième mandat constitue un risque pour la stabilité politique du pays et qualifie le vœu exprimé par le chef de l’État d’« anti-constitutionnel ».
Selon lui, la RDC n’a pas besoin d’une nouvelle crise de légitimité après plusieurs années de tensions politiques.
« Le peuple a déjà décidé », a-t-il affirmé.
Pour Ruberwa, l’enjeu ne devrait donc pas être de chercher à modifier ou contourner les règles constitutionnelles, mais de préserver les acquis démocratiques et d’éviter une nouvelle confrontation politique majeure.
De Minembwe à Kinshasa, un même appel au dialogue
À travers ses différentes prises de position, Azarias Ruberwa lie ainsi la crise sécuritaire dans l’Est à la nécessité d’un règlement politique plus large.
Il appelle à faire respecter le cessez-le-feu sur le terrain, à enquêter sur les violences contre les civils et à ouvrir un dialogue qui, selon lui, ne devrait exclure aucun acteur susceptible de contribuer à la résolution de la crise.
Dans un pays confronté à une succession de conflits armés et de crises politiques, son message tient en une formule : si la paix doit être durable, elle ne peut se construire qu’en parlant avec tous ceux qui ont un rôle dans la guerre comme dans sa résolution.

