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Burkina Faso : quatre ans de pouvoir pour Ibrahim Traoré, entre héritage de Sankara et réalité de la guerre

LibreGrandLac by LibreGrandLac
September 29, 2026
in International
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Burkina Faso : quatre ans de pouvoir pour Ibrahim Traoré, entre héritage de Sankara et réalité de la guerre
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Ibrahim Traoré s’apprête à franchir le cap des quatre années à la tête du Burkina Faso. Une durée identique à celle du pouvoir de Thomas Sankara, dont le capitaine burkinabè revendique ouvertement l’héritage. Mais derrière les références communes au panafricanisme et à la souveraineté nationale, les deux expériences révolutionnaires s’inscrivent dans des contextes très différents.

Mercredi, Ibrahim Traoré aura dirigé le Burkina Faso pendant quatre ans. Arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine de 38 ans se retrouve ainsi à la même durée de pouvoir que Thomas Sankara, qui avait dirigé le pays de 1983 à 1987.

La comparaison entre les deux hommes est devenue centrale dans le discours du régime actuel. Traoré présente régulièrement Sankara comme un « héros de la nation » et une « boussole ». Il affirme vouloir maintenir la « flamme de la renaissance » du Burkina Faso.

Tous deux sont arrivés au pouvoir alors qu’ils étaient de jeunes officiers de l’armée. Tous deux ont placé la souveraineté nationale, le panafricanisme, l’autonomie économique et la réduction de la dépendance extérieure au cœur de leur discours.

Mais la comparaison s’arrête sur plusieurs aspects essentiels.

Sankara, une révolution sociale

Thomas Sankara prend le pouvoir le 4 août 1983, à 33 ans. À la tête du Conseil national de la révolution, il lance ce qu’il présente comme une « révolution démocratique et populaire ».

Son projet repose notamment sur l’autosuffisance, la mobilisation populaire, la réduction des dépenses de l’État et le développement des services sociaux.

Son gouvernement met l’accent sur l’éducation, la santé, l’agriculture, le logement et les infrastructures. La question de l’émancipation des femmes occupe également une place importante dans son programme. Sankara défend notamment leur accès à l’éducation, à l’emploi et à la vie politique.

Des travaux universitaires ont également documenté l’augmentation des dépenses publiques dans les secteurs de la santé et de l’éducation ainsi que les campagnes de vaccination, d’alphabétisation et de développement rural menées pendant cette période.

La révolution sankariste est cependant marquée par une forte concentration du pouvoir et des pratiques répressives à l’encontre de certains opposants.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné lors d’un coup d’État qui porte Blaise Compaoré au pouvoir.

Traoré reprend le langage de la souveraineté

Près de quatre décennies plus tard, Ibrahim Traoré reprend une partie de cette rhétorique révolutionnaire.

Son gouvernement met en avant la transformation économique du Burkina Faso, la production locale et une plus grande maîtrise des ressources naturelles. La nationalisation de certaines activités minières, le développement de l’industrie et la promotion de filières locales figurent parmi les axes mis en avant par le pouvoir.

Le gouvernement a également lancé Faso Mebo, un programme consacré notamment aux travaux routiers et à l’aménagement urbain, présenté comme une initiative reposant davantage sur les ressources et les capacités nationales.

Le pouvoir remet aussi en avant certains symboles associés à l’époque sankariste, notamment le Faso Dan Fani, tissu traditionnel burkinabè.

Cette politique économique alimente l’image d’un pouvoir cherchant à renforcer l’autonomie du pays. Mais l’évaluation de ses résultats reste un sujet distinct de la communication officielle : plusieurs projets sont encore en cours et leurs effets économiques à long terme restent difficiles à mesurer.

Une différence majeure : le Burkina Faso est en guerre

La principale différence entre les deux périodes concerne la sécurité.

Lorsque Sankara dirige le pays, le Burkina Faso n’est pas confronté à l’insurrection jihadiste qui frappe aujourd’hui le territoire.

Sous Traoré, la lutte contre les groupes armés est devenue une priorité absolue. Une partie du nord et de l’est du pays reste affectée par les violences, tandis que certaines localités connaissent des difficultés d’accès ou des situations de blocus.

Le pouvoir a renforcé les forces armées et s’appuie notamment sur les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) pour soutenir l’armée dans la lutte contre les groupes jihadistes.

Cette situation sécuritaire explique en partie la place beaucoup plus importante occupée par l’armée dans la gouvernance de Traoré.

Une gouvernance plus contestée

C’est également sur le terrain politique que les deux périodes présentent des différences importantes.

Le régime de Sankara était déjà marqué par une forte concentration du pouvoir et par la répression de certains adversaires de la révolution. Le Conseil national de la révolution avait instauré un système politique fondé sur les comités révolutionnaires et avait engagé des poursuites contre ceux considérés comme opposés au processus révolutionnaire.

Sous Ibrahim Traoré, les organisations de défense des droits humains et plusieurs médias internationaux dénoncent à leur tour une restriction de l’espace civique.

Human Rights Watch a notamment documenté la mobilisation forcée de journalistes, de magistrats et de figures de la société civile dans le cadre de l’effort de guerre. L’organisation rapporte également des cas d’enlèvements de militants de la société civile.

Le pouvoir burkinabè justifie ces mesures par les impératifs liés à la sécurité et à la lutte contre les groupes armés.

Traoré assume par ailleurs une conception du pouvoir qui s’éloigne du modèle démocratique libéral. En 2026, il a notamment déclaré que la démocratie ne constituait pas la priorité de son régime, affirmant vouloir concentrer son action sur la refondation de l’État et la révolution.

De la France à la Russie

Sur le plan international, la rupture avec certains partenaires occidentaux constitue également un point important du projet de Traoré.

Son gouvernement a demandé le départ des forces françaises présentes au Burkina Faso et s’est rapproché de la Russie sur le plan sécuritaire.

Avec le Mali et le Niger, Ouagadougou a également participé à la création de l’Alliance des États du Sahel, devenue en 2025 la Confédération des États du Sahel.

Cette orientation rappelle, sur certains aspects, le discours de souveraineté défendu par Sankara pendant la guerre froide.

Mais les contextes géopolitiques sont très différents. Sankara évoluait dans un monde marqué par la confrontation entre les blocs américain et soviétique et défendait notamment le non-alignement et la solidarité entre les pays du Sud.

Traoré évolue, lui, dans un Sahel marqué par la montée des groupes jihadistes, le retrait progressif de plusieurs puissances occidentales et la recherche de nouveaux partenariats sécuritaires.

Le même héritage, mais deux trajectoires

Quatre ans après son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré continue donc de placer Thomas Sankara au centre de son récit politique.

Les similitudes sont nombreuses : jeunesse des deux officiers au moment de leur prise de pouvoir, référence au panafricanisme, volonté affichée de renforcer la souveraineté nationale, promotion de la production locale et volonté de réduire certaines dépendances extérieures.

Mais les différences sont tout aussi importantes.

Sankara dirigeait une révolution qui mettait fortement l’accent sur la mobilisation sociale, l’éducation, la santé, l’émancipation des femmes et l’autosuffisance dans un pays aux ressources limitées. Traoré conduit son projet dans un Burkina Faso confronté à une guerre jihadiste persistante, avec une place centrale accordée aux forces de sécurité et à la défense du territoire.

L’héritage de Sankara constitue ainsi pour Traoré à la fois une référence politique et un cadre de légitimation. Mais quatre décennies après la révolution de 1983, le Burkina Faso auquel il s’adresse n’est plus celui de Thomas Sankara.

La question demeure désormais celle de la capacité du régime à transformer ses ambitions de souveraineté économique et de refondation de l’État en résultats durables, tout en répondant à la principale urgence du pays : la sécurité.

Tags: Ibrahim TraoréSankara
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