Mes chers Paroissiens, chers frères et sœurs, Paix !
Voici les textes que la liturgie de l’Église nous propose pour accompagner notre méditation de ce vendredi de la 20ème semaine TO Paire.
Lecture Ez 37, 1-14
Ps 106 Évangile
Mt 22, 34-40
Cette méditation s’inspire d’André Sève, de Noël Quesson, d’une réflexion du Cardinal Vingt-Trois, Archevêque émérite d’archidiocèse de Paris, des commentaires du Missel Emmaüs des Dimanches, etc
L’amour de Dieu et l’amour des hommes ne sont pas dissociables.
1. Bien des gens sont tentés d’opposer l’amour de Dieu et l’amour des hommes. Pour eux, le service du Seigneur suppose que nous lui consacrions un temps dont nous ne pouvons alors plus disposer pour les autres ! S’il est une chose que la révélation chrétienne a toujours refusée, c’est bien ce choix. Elle affirme, au contraire, que l’authentique relation à Dieu, en nous libérant de toute aliénation, nous rend pleinement capables de nous ouvrir à ceux que nous découvrons alors comme frères et sœurs.
2. C’est pourquoi les deux premiers commandements de la Loi mosaïque, qui restent à la base de la loi chrétienne, sont indissociables. Ils expriment le double aspect de l’exigence propre à l’homme renouvelé par la foi. “Notre comportement envers nos frères est ce qui manifeste la vérité de notre relation à Dieu, comme c’est notre attitude envers le “totalement Autre” qui garantit l’authenticité de notre amour pour notre prochain”(Missel Emmaüs des Dimanches).
3. Les docteurs de la Loi juive avaient souvent perdu le véritable esprit mosaïque en multipliant les exigences rituelles masquant les commandements essentiels. Ils sombraient dans des querelles d’écoles, discutant sans fin de ce que pouvait être le précepte le plus important. C’est donc une vraie question, estime Quesson, que ce docteur de la Loi pose à Jésus. Mais en même temps “cette question des pharisiens autour du grand commandement manifeste l’éparpillement de leurs pratiques et la perte de l’unité des commandements”(Cardinal Vingt-Trois). C’est pourquoi cette vraie question du docteur de la Loi est aussi, du point de vue des pharisiens, une question piège.
4. Dans l’Évangile de Saint Matthieu, “le récit de la fin du ministère public de Jésus rassemble un certain nombre de controverses suscitées autour de lui”(Cardinal Vingt-Trois). On se souviendra de cette question sur l’impôt qu’il fallait oui ou non payer à César, du débat, autour de la résurrection, porté par les Sadducéens. Et maintenant, nous voyons comment les pharisiens cherchent à prendre Jésus en défaut en lui demandant quel est le plus grand commandement (v. 36). “On va voir ce qu’il sait, on va voir s’il enseigne bien ce qu’il faut enseigner”( André Sève).
5. Jésus refuse de se laisser entraîner dans leurs arguties. Il se dégage avec une liberté, une clarté et une puissance créatrice qui laissent les pharisiens sans voix. Jésus cite deux textes classiques : “Tu aimeras Dieu… Tu aimeras ton prochain”. Il y a deux commandements essentiels qui, en réalité, n’en font qu’un. L’amour des autres est la manifestation de l’authentique orientation vers Dieu. “Toute la vie et l’œuvre de Jésus se résument en ces deux mots : Dieu et ton prochain, Tu AIMERAS. Il nous dit là le secret de sa vie. C’est tellement court que nous risquons de passer trop vite”(Noël Quesson). Il nous faut prendre le temps d’épingler et d’approfondir les nouveautés que Jésus en tire. Nous en relèverons, particulièrement, deux.
6. D’abord, il rapproche les deux commandements en leur donnant la même importance. A partir de cet instant, l’amour fraternel est hissé près de l’amour de Dieu et ne le lâchera plus. Ensuite, “il fait étinceler cet unique diamant en le faisant régner sur l’ensemble de ce que nous pensons et faisons : tout dépend de l’amour. L’écrasante énumération de ce qu’il faut faire ou ne pas faire devient le jaillissement de mille réponses à une seule question : comment puis-je aimer ?”(André Sève). Tout ce qu’il y a dans l’Écriture, dit Jésus, la Loi et les Prophètes, et donc tout ce que Dieu attend de nous, découle de ces deux commandements soudés l’un à l’autre. “Les coupeurs de cheveux qui l’interrogeaient sont ramenés à l’essentiel : Aimez”(André Sève).
7. Nous aussi, nous comprenons qu’obéir aux deux grands commandements est une voie royale, mais si exigeante que nous préférons louvoyer au milieu de mille prescriptions. Peut-être qu’en fait, aimer est tellement vague qu’il faut le monnayer, le faire éclater, mieux le convertir en plusieurs exigences concrètes. Autrement dit, nous devons savoir que nous aimons vraiment Dieu et nous aimons vraiment nos frères si nous faisons ceci et cela. “Mais surgit alors l’éternel danger : neutraliser à coups d’observances l’exigence d’aimer. Plus ou moins consciemment, on raisonne de cette façon : si j’arrive à faire tout ce qu’on demande, j’aimerai”(André Sève). Eh bien non, mes amis, ça ne marche pas. Parce que le point de départ est mauvais.
8. Jésus nous dit que tout dépend d’abord du projet radical d’aimer. Ne commençons jamais par mille choses à faire mais par la conviction dont tout va dépendre : il faut que j’aime. “Le secret de la vie selon l’Évangile est là : arriver d’abord à faire de l’exigence d’aimer quelque chose d’absolument inconditionnel. Cette volonté d’aimer s’incarnera alors peu à peu dans toutes sortes d’événements, de rencontres et d’obéissances”(André Sève). Mais sans s’y noyer.
Ce serait malheureux de retomber dans l’inquiétude et l’esclavage des mille commandements, après avoir reçu du Seigneur la plus brève et la plus libérante des règles de vie : suis-je en train d’aimer ?
Père Xavier Bugeme sj Curé de la Paroisse Christ Roi de Mangobo à Kisangani

