Le gouvernement congolais hausse le ton face à l’AFC/M23. Kinshasa rejette catégoriquement les nominations effectuées par la rébellion au sein des comités de gestion de dix établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu.
Dans un communiqué publié lundi 10 août, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation affirme avoir pris connaissance de ces nominations, présentées par l’AFC/M23 comme une mesure destinée à combler les postes vacants et à assurer le fonctionnement des établissements placés sous son contrôle.
Pour le gouvernement congolais, ces décisions sont « nulles et dépourvues de tout effet juridique ou administratif ».
Dix établissements visés à Goma et Bukavu
À Goma, quatre établissements sont concernés par les décisions de l’AFC/M23 : l’Institut supérieur de commerce (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Goma), l’Institut supérieur des techniques appliquées (ISTA-Goma) et l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Goma).
À Bukavu, six établissements figurent sur la liste : l’Institut supérieur de commerce (ISC-Bukavu), l’Institut supérieur des techniques médicales (ISTM-Bukavu), l’Institut supérieur pédagogique (ISP-Bukavu), l’Institut supérieur de développement rural (ISDR-Bukavu), l’Institut supérieur des arts et métiers (ISAM-Bukavu) et l’Université officielle de Bukavu (UOB).
Le ministère rappelle que les comités de gestion régulièrement investis demeurent en fonction et conservent l’ensemble de leurs prérogatives.
Kinshasa avertit également que toute personne qui tenterait de mettre en œuvre ces nominations ou de s’en prévaloir pourrait s’exposer aux sanctions prévues par les lois congolaises.
Kinshasa invoque la souveraineté de l’État
Pour le gouvernement, aucun mouvement armé ni aucune autorité de fait ne peut se substituer aux institutions constitutionnelles de la République.
Le ministère insiste notamment sur le fait que l’occupation temporaire d’une partie du territoire national ne confère « ni souveraineté, ni compétence administrative, ni autorité institutionnelle, ni pouvoir de nomination ».
Cette position dépasse ainsi la seule question de la gestion des universités. Elle touche directement à la capacité de l’État congolais à exercer son autorité dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23.
Kinshasa affirme par ailleurs vouloir préserver les droits des étudiants, des enseignants, des chercheurs et du personnel administratif, tout en assurant la continuité du service public de l’enseignement supérieur.
Le gouvernement appelle enfin la communauté universitaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à rester vigilante et attachée aux institutions de la République.
« Ce n’est plus une simple question de communication politique », estime Guy Nzau
Cette nouvelle étape dans l’installation d’administrations parallèles dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 suscite également des critiques sur la capacité du gouvernement congolais à anticiper l’érosion de son autorité dans l’est du pays.
Le politologue congolais et conseiller en gouvernance Guy Nzau estime que la réaction de Kinshasa intervient tardivement.
Il affirme avoir déjà alerté le gouvernement sur plusieurs « signaux extrêmement préoccupants », notamment la fermeture de l’aéroport, les difficultés d’accès aux banques et, désormais, l’intervention de l’AFC/M23 dans la gestion des établissements universitaires à Goma et Bukavu.
Selon lui, le problème dépasse largement la question de la légalité des nominations.
« On ne gouverne pas un État en découvrant les problèmes une fois qu’ils sont installés », déplore-t-il.
Guy Nzau reproche notamment au pouvoir congolais un manque d’anticipation, de l’improvisation dans certaines décisions et une dégradation progressive de l’autorité de l’État.
Pour illustrer son propos, il compare la République à une voiture de luxe confiée à son conducteur.
« On lui a confié une Lamborghini pour conduire la République vers le développement ; elle a parfois donné l’impression d’être transformée en camping-car : beaucoup de déplacements, beaucoup d’agitation autour du trajet, mais une question demeure : où va-t-on ? »
Une formule qui traduit, selon lui, le malaise autour de la gouvernance du pays.
Une question désormais liée à la souveraineté
Pour Guy Nzau, les nominations dans les universités de Goma et Bukavu constituent surtout un nouveau révélateur de l’affaiblissement de l’autorité de l’État dans une partie du territoire national.
« Ce n’est plus une simple question de communication politique. C’est une question de souveraineté et de gouvernance », soutient-il.
Le politologue estime que l’enjeu pour le président Félix Tshisekedi ne consiste donc pas seulement à dénoncer les décisions prises par l’AFC/M23, mais à démontrer concrètement que l’État congolais conserve sa capacité à protéger ses institutions et à faire respecter son autorité.
« Un État ne se gouverne pas avec des discours. Il se protège. Il s’anticipe. Il se planifie. Et surtout, il se tient », conclut Guy Nzau.
La controverse autour de ces nominations universitaires illustre ainsi un défi plus large auquel Kinshasa est confronté : comment maintenir l’autorité institutionnelle de l’État dans les territoires où les groupes armés ont progressivement installé leurs propres structures de pouvoir.

