La guerre ne se joue pas seulement sur le terrain dans l’est de la République démocratique du Congo. Au sein même du M23, des tensions croissantes opposent les différentes composantes de la rébellion.
Selon les informations publiées mercredi 23 septembre par Africa Intelligence, de vives tensions traversent actuellement les directions politique et militaire du M23. Le média spécialisé révèle notamment l’existence d’un projet qui aurait visé à déstabiliser le pouvoir du général Sultani Makenga, figure centrale du commandement militaire du mouvement.
Intitulé « Le M23 fissuré par une guerre des chefs », l’article décrit des divisions qui touchent l’establishment du mouvement politico-militaire. D’après Africa Intelligence, le projet de déstabilisation de Makenga aurait finalement été déjoué, révélant au passage l’ampleur des rivalités internes.
Makenga au centre des tensions
Sultani Makenga occupe depuis plusieurs années une place centrale dans la structure militaire du M23. Mais son autorité est de plus en plus contestée.
Cette fragilisation n’est pas nouvelle. Dans son dernier rapport sur la situation en RDC, le Groupe d’experts des Nations unies indique que le commandement militaire général de l’AFC/M23 reste sous la responsabilité de Makenga, tout en précisant que sa position est « de plus en plus contestée » au sein du mouvement et par le Rwanda.
La direction politique reste, elle, associée à Bertrand Bisimwa et à Corneille Nangaa. Cette coexistence entre une direction politique et une chaîne de commandement militaire distincte constitue l’un des principaux foyers de tensions au sein de l’organisation.
Des ambitions qui ne font pas consensus
Les divergences portent notamment sur les objectifs à poursuivre et sur la manière de conduire la guerre.
Selon le Groupe d’experts de l’ONU, des responsables politiques liés à l’AFC/M23, notamment Corneille Nangaa et Joseph Kabila, ont nourri des ambitions de prise du pouvoir à Kinshasa. Une grande partie des dirigeants militaires du M23 se serait toutefois opposée à l’idée d’étendre les opérations au-delà du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le rapport fait également état de tensions autour de l’accès aux ressources et de leur répartition entre les différents responsables du mouvement.
Ces divergences donnent une autre dimension aux tensions aujourd’hui rapportées par Africa Intelligence : derrière l’apparente cohésion du M23 se joue également une lutte d’influence entre plusieurs pôles de pouvoir.
Une autorité militaire sous pression
La question du contrôle de la structure militaire apparaît particulièrement sensible.
Des travaux publiés en 2026 par le Groupe d’étude sur le Congo avaient déjà documenté des frictions entre Makenga et certains responsables du mouvement. Ils soulignaient notamment que Makenga conservait une marge de manœuvre importante dans les nominations et l’organisation des structures administratives contrôlées par le M23.
Le même travail relevait que le Rwanda avait déjà envisagé de remplacer Makenga, sans parvenir à trouver une alternative susceptible de prendre immédiatement sa place.
Le rapport des experts de l’ONU confirme pour sa part que la position de Makenga est devenue plus contestée, tout en maintenant celui-ci à la tête du commandement militaire général de l’AFC/M23.
Les divisions au grand jour
Le nouvel épisode révélé par Africa Intelligence intervient alors que le M23 tente de consolider son contrôle sur de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et de renforcer sa position dans les négociations concernant l’avenir du conflit.
L’existence d’un projet visant à déstabiliser Makenga, même s’il n’a pas abouti, souligne les fragilités d’une organisation souvent présentée comme un bloc militaire relativement uni.
Elle met surtout en évidence une réalité plus complexe : derrière la structure politique de l’AFC et le commandement militaire du M23 coexistent plusieurs intérêts, plusieurs ambitions et des visions différentes de l’avenir du mouvement.
Pour l’instant, Makenga conserve officiellement le commandement militaire général. Mais les informations rapportées par Africa Intelligence, mises en perspective avec les précédents rapports des Nations unies, montrent que son autorité demeure au cœur de fortes rivalités internes.
La question reste désormais de savoir jusqu’où ces tensions peuvent affecter la cohésion militaire et politique du M23, alors que le mouvement reste un acteur majeur du conflit dans l’est de la RDC.
