La qualification historique de la République démocratique du Congo pour la Coupe du monde 2026 est au cœur d’une nouvelle polémique. Une enquête du New York Times et du Monde, relayée par France 24, affirme que la FIFA avait identifié des problèmes concernant l’éligibilité du gardien congolais Lionel Mpasi avant même le barrage intercontinental contre la Jamaïque.
Selon les documents internes de la FIFA consultés par les deux médias, Lionel Mpasi, ancien international français chez les moins de 17 ans, n’aurait pas finalisé la procédure nécessaire auprès de la FIFA pour changer d’association sportive et représenter la RDC.
Pourtant, le gardien a porté le maillot des Léopards pendant plusieurs années. Il a notamment participé à la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, puis à la CAN 2025 au Maroc. Il a également disputé des rencontres des éliminatoires de la Coupe du monde 2026.
La FIFA connaissait-elle le dossier Mpasi ?
C’est l’une des principales questions soulevées par l’enquête.
D’après Le Monde et le New York Times, les juristes de la FIFA auraient relevé des problèmes liés à la procédure de changement d’association de Lionel Mpasi, engagée en 2021.
Selon les documents cités par les deux médias, la FIFA aurait considéré que le gardien ne disposait pas de l’autorisation officielle nécessaire lorsqu’il avait commencé à représenter la RDC.
Pourtant, Lionel Mpasi a continué à être sélectionné par les Léopards sans que la FIFA ne prononce publiquement de sanction à son encontre.
Il a notamment participé au barrage africain remporté par la RDC contre le Nigeria, puis au barrage intercontinental contre la Jamaïque. Ces deux victoires ont permis aux Léopards de décrocher leur qualification pour la Coupe du monde 2026.
Le cas du Nigeria
Le rôle joué par la Fédération nigériane dans cette affaire fait également débat.
Le Nigeria a bien saisi la FIFA après sa défaite contre la RDC lors du barrage africain. Mais contrairement à certaines présentations du dossier, la plainte nigériane ne visait pas directement Lionel Mpasi.
Selon les informations rapportées par Le Monde, la requête concernait notamment l’éligibilité de joueurs congolais ayant changé d’association sportive, parmi lesquels Aaron Wan-Bissaka et Axel Tuanzebe.
La FIFA a examiné la requête nigériane avant de la déclarer irrecevable. La décision a ensuite été notifiée à la Fédération nigériane.
Le dossier Mpasi aurait donc été identifié séparément par les services juridiques de la FIFA.
Cette distinction est importante : le Nigeria a bien saisi la FIFA, mais cela ne signifie pas que la plainte nigériane portait sur Lionel Mpasi.
Pourquoi aucune sanction de la FIFA ?
C’est précisément à ce niveau que l’affaire soulève le plus de questions.
Selon les documents cités par les deux médias, les juristes de la FIFA auraient envisagé différentes conséquences si l’inéligibilité de Lionel Mpasi était retenue.
L’annulation de certains résultats aurait notamment pu avoir des conséquences sur la qualification de la RDC et sur la composition des barrages africains.
Le Burkina Faso aurait ainsi pu être concerné par une éventuelle modification du classement et du tableau des barrages.
Mais aucune décision de la FIFA n’a finalement remis en cause la qualification de la RDC.
La FIFA affirme que ses organes disciplinaires sont indépendants et qu’ils prennent leurs décisions sur la base des règlements et des éléments propres à chaque dossier.
Véron Mosengo-Omba au centre des interrogations
L’enquête évoque également les relations entre Gianni Infantino, président de la FIFA, et Véron Mosengo-Omba, actuel président de la FECOFA.
Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années. Ils ont notamment étudié en Suisse et travaillé au sein de l’UEFA et de la FIFA.
Cette proximité est aujourd’hui scrutée dans le contexte de l’affaire Mpasi.
Mais une précision s’impose : Véron Mosengo-Omba n’était pas encore président de la FECOFA au moment du barrage entre la RDC et le Nigeria. La fédération congolaise était alors dirigée par une autre équipe dirigeante.
La relation entre Mosengo-Omba et Infantino est donc un élément factuel du dossier, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’établir une intervention du président de la FIFA dans la procédure concernant Lionel Mpasi.
La FIFA rejette d’ailleurs toute idée d’intervention de Gianni Infantino dans les décisions disciplinaires liées à cette affaire.
Une affaire qui interpelle sur la transparence de la FIFA
Au-delà du cas Lionel Mpasi, cette affaire soulève une question plus large sur le fonctionnement de la FIFA et de ses mécanismes disciplinaires.
Si les documents cités par Le Monde et le New York Times sont correctement interprétés, les services juridiques de la FIFA avaient identifié des interrogations sur l’éligibilité du gardien congolais.
Pour autant, la FIFA n’a finalement pas remis en cause la qualification de la RDC.
La polémique porte donc désormais autant sur le statut de Lionel Mpasi que sur la manière dont la FIFA a traité ce dossier.
Pour la RDC, il reste essentiel de distinguer les faits établis des interprétations. Lionel Mpasi a bien représenté les Léopards pendant plusieurs années, tandis que les documents cités par les deux médias soulèvent des questions sur la régularité de sa procédure de changement d’association auprès de la FIFA.
La question centrale demeure donc entière : si la FIFA avait connaissance de ces interrogations avant la Coupe du monde, pourquoi aucune procédure n’a-t-elle abouti à une sanction susceptible de remettre en cause la qualification congolaise ?
C’est désormais à la FIFA de fournir les explications les plus précises sur la chronologie et le traitement de ce dossier.

