Après Goma, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine poursuit ses consultations dans la région des Grands Lacs. La délégation africaine a été reçue mercredi 7 octobre à Kigali par le président rwandais Paul Kagame, au lendemain de sa rencontre avec les responsables de l’AFC/M23 dans la capitale du Nord-Kivu.
La rencontre avec Paul Kagame s’est tenue à Urugwiro Village. La délégation était composée de l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde, de l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, de l’ancien président botswanais Mokgweetsi Masisi et de Yackoley Kokou Johnson, représentant du médiateur de l’Union africaine, le président togolais Faure Gnassingbé.
Les échanges ont porté sur le processus de paix conduit sous l’égide de l’Union africaine, les prochaines étapes de la médiation et les moyens de parvenir à une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo.
Après Goma, l’étape rwandaise
Cette rencontre intervient après une importante séquence à Goma.
Le 5 octobre, les facilitateurs de l’UA ont rencontré la direction politique de l’AFC/M23, conduite par son coordonnateur politique Corneille Nangaa. La délégation africaine s’était également entretenue avec des représentants de la MONUSCO, de l’OCHA, du Comité international de la Croix-Rouge et du Mécanisme conjoint de vérification élargi.
Les consultations de Goma ont porté sur l’évolution du processus de paix, la situation sécuritaire et humanitaire ainsi que sur les mesures susceptibles de renforcer la confiance entre les différentes parties.
Le Panel a ensuite appelé au strict respect des engagements de cessez-le-feu et à la poursuite de bonne foi du processus de Doha. Il demande également aux parties de coopérer avec les mécanismes de vérification et de s’abstenir de toute action susceptible de compromettre les efforts diplomatiques.
Les causes profondes du conflit au centre des discussions
À Kigali, les discussions avec Paul Kagame ont notamment porté sur la recherche d’une solution durable à la crise dans l’est de la RDC, avec un accent particulier sur les causes profondes du conflit.
Cette dimension est importante pour l’Union africaine, qui cherche à inscrire ses efforts dans une approche politique plutôt que de limiter la médiation aux seuls enjeux militaires et sécuritaires.
Le déplacement à Kigali permet ainsi aux facilitateurs d’entendre directement la position des autorités rwandaises après leurs échanges avec les responsables de l’AFC/M23 à Goma.
Le Rwanda est un acteur central des discussions régionales sur la crise congolaise. Kinshasa accuse Kigali de soutenir l’AFC/M23, ce que les autorités rwandaises contestent. La question des groupes armés, de la sécurité aux frontières et des préoccupations sécuritaires du Rwanda figure depuis plusieurs années parmi les principaux points de tension entre les deux pays.
L’Union africaine veut coordonner les processus de paix
La mission du Panel intervient alors que plusieurs initiatives diplomatiques sont actuellement engagées pour tenter de mettre fin au conflit dans l’est de la RDC.
Outre le processus conduit par l’Union africaine, les discussions de Doha et les engagements issus du processus de Washington constituent d’autres cadres importants de négociation.
L’Union africaine cherche à renforcer la complémentarité entre ces différentes initiatives et à maintenir le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés. Une feuille de route adoptée précédemment par le Panel prévoit notamment de soutenir la mise en œuvre des engagements existants et de renforcer la coordination avec les processus de Washington et de Doha.
Après Kigali, quelle suite ?
Après Goma et Kigali, les facilitateurs doivent poursuivre leurs consultations avec les différents acteurs concernés par la crise.
À Goma, le Panel a insisté sur la protection des civils, l’accès humanitaire et le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC. Il a également estimé que les engagements pris dans les différents processus de paix doivent produire des résultats concrets pour les populations touchées par le conflit.
La rencontre avec Paul Kagame constitue ainsi une nouvelle étape dans cette démarche diplomatique.
Pour l’Union africaine, le défi reste désormais de rapprocher les positions des différentes parties et de transformer les multiples engagements diplomatiques en avancées concrètes sur le terrain.
Dans l’est de la RDC, où les conséquences humanitaires et sécuritaires du conflit restent importantes, la crédibilité de cette nouvelle séquence diplomatique dépendra surtout de sa capacité à contribuer au respect du cessez-le-feu, à la protection des civils et à la relance effective du dialogue politique.

