À l’occasion de la Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque 5 octobre, des enseignants de Kabare, Kalehe et Nyangezi décrivent les difficultés auxquelles ils sont confrontés en raison de la crise sécuritaire et humanitaire. L’accès au salaire, le logement, l’alimentation, la scolarisation des enfants et le soutien psychosocial figurent parmi leurs principales préoccupations.
Dans le territoire de Kabare, certains enseignants expliquent adapter leurs dépenses à leurs revenus afin de continuer à répondre aux besoins essentiels de leurs familles.
Selon les témoignages recueillis par Habari za Mahali, certains bénéficient d’une petite prime versée par les parents d’élèves, tandis que d’autres continuent de percevoir leur salaire de l’État, qu’ils jugent insuffisant au regard des besoins de leur ménage.
Pendant les vacances scolaires, plusieurs enseignants disent se tourner vers de petites activités génératrices de revenus, notamment le petit commerce, l’élevage de petits animaux, l’agriculture de subsistance ou encore des travaux journaliers dans les champs de particuliers.
Cubaka Birhankaderhwa et Murhula Munguakonkwa, deux enseignants de Kabare, appellent les autorités scolaires à œuvrer pour la fin de la guerre afin de permettre aux enseignants de retrouver des conditions de vie et de travail plus stables.
Ils attirent également l’attention sur la situation des enseignants non pris en charge par l’État, particulièrement dans certaines écoles primaires, et souhaitent que des solutions soient trouvées à leur situation.
À Kalehe, des enseignants déplacés peinent à accéder à leurs revenus
La situation est encore plus complexe pour certains enseignants déplacés du haut et du moyen plateau du groupement de Ziralo, dans le territoire de Kalehe.
Dispersés dans différentes zones d’accueil à la suite de la crise sécuritaire, ces enseignants expliquent rencontrer des difficultés pour accéder à leur salaire et subvenir aux besoins de leurs familles.
Selon certains d’entre eux interrogés par Habari za Mahali, le salaire destiné aux enseignants d’une même école est transféré sur une carte SIM commune afin de faciliter les retraits. Mais leur dispersion dans différentes localités complique l’accès individuel à ces revenus.
À cela s’ajoutent, selon leurs témoignages, les frais de transaction et de retrait ainsi que les difficultés de connexion. Le montant finalement perçu ne suffirait pas toujours à couvrir les besoins essentiels, notamment la nourriture, le logement, les soins de santé et la scolarité des enfants.
La scolarisation des enfants constitue également une préoccupation.
Certains enseignants affirment avoir rencontré des difficultés pour inscrire leurs enfants dans les écoles publiques des zones d’accueil. D’autres ont recours aux écoles privées, tandis que certaines familles disent être contraintes de garder leurs enfants à la maison faute de moyens.
Ces enseignants sont actuellement dispersés notamment à Minova, Kalungu, Numbi et Nyabibwe, dans la sous-division de Kalehe 1, ainsi qu’à Bulambika, Hombo, Karasi et Ramba, dans la sous-division de Kalehe 2.
D’autres se trouvent dans des sites accueillant des personnes déplacées dans le groupement de Walowalwanda, en territoire de Walikale.
Face à cette situation, ils lancent un appel aux organisations humanitaires intervenant dans le secteur de l’éducation afin qu’elles apportent un soutien aux enseignants déplacés et à leurs familles.
À Nyangezi, un appel à renforcer le soutien psychosocial
Dans le groupement de Karhongo-Nyangezi, dans le territoire de Walungu, certains enseignants mettent l’accent sur une autre préoccupation : leur santé psychosociale dans un contexte de crise.
Dans un entretien accordé à Habari za Mahali, ils recommandent notamment la protection des infrastructures scolaires et la mise en place d’un accompagnement psychosocial afin de leur permettre de poursuivre convenablement l’année scolaire 2026-2027.
Ils souhaitent également bénéficier de formations sur la prévention et la résolution des conflits afin de mieux contribuer à la cohésion sociale au sein de leurs communautés.
Ces enseignants plaident par ailleurs pour l’organisation de séances de détraumatisation. Selon eux, un tel accompagnement pourrait les aider à mieux faire face aux effets de la crise et à accompagner les élèves eux-mêmes affectés par cette situation.
Au-delà de leurs revendications professionnelles, ces différents témoignages mettent en évidence les difficultés auxquelles le personnel enseignant peut être confronté lorsque l’insécurité entraîne des déplacements et perturbe les conditions de vie des familles.
La Journée mondiale des enseignants est célébrée chaque année le 5 octobre. Pour l’édition 2026, elle est placée sous le thème : « Aux côtés du personnel enseignant : 60 ans à protéger la profession, promouvoir la condition enseignante et façonner nos futurs. »
Article produit dans le cadre du projet « Habari za Mahali », une initiative du consortium RATECO et REMEL-GL avec le soutien de Media4dialogue de la Benevolencija.
Claudel Mbuya
