L’image a rapidement fait le tour des réseaux sociaux : Roger Berthon Mibenge, homme d’affaires et ancien candidat à la députation nationale à Goma, assis au sol avec plusieurs de ses employés lors d’une intervention des services de sécurité ougandais à Kampala.
Une scène pour le moins surprenante pour un homme habitué à afficher un train de vie associé à la réussite et au monde des affaires.
Selon plusieurs sources, Roger Mibenge a été arrêté vendredi en Ouganda avec plusieurs personnes présentées comme des membres présumés d’un réseau criminel. Il serait soupçonné de faits de trafic, de fraude et de blanchiment d’argent. À ce stade, ces accusations n’ont toutefois pas été officiellement établies par une décision de justice.
Du luxe affiché aux images qui font parler
L’affaire suscite particulièrement des réactions à Goma, où le train de vie de certains jeunes entrepreneurs et hommes d’affaires alimente régulièrement les discussions. Grosses voitures, vêtements de luxe, voyages, soirées fastueuses et investissements parfois difficiles à expliquer : sur les réseaux sociaux, certains aiment afficher leur réussite sans forcément expliquer l’origine de leurs fortunes.
L’arrestation de Roger Mibenge remet ainsi une vieille question au goût du jour : comment certains jeunes peuvent-ils accumuler, en quelques années, des fortunes aussi importantes dans un environnement économique pourtant particulièrement difficile ?
Il ne s’agit évidemment pas de considérer la richesse comme une preuve de criminalité. Mais l’affaire de Kampala rappelle que derrière certaines fortunes spectaculaires peuvent aussi se cacher des activités que les autorités cherchent à contrôler.
Ses proches dénoncent des accusations et appellent au calme
La cellule de communication de Roger Berthon Mibenge a réagi aux images diffusées sur les réseaux sociaux. Elle assure que l’homme d’affaires « se porte bien » et affirme que ses avocats suivent activement la situation auprès des autorités compétentes.
Selon ses proches, l’intervention policière serait intervenue après des informations communiquées aux autorités par des personnes présentées comme ses « adversaires et détracteurs ».
Sa cellule de communication déplore également les conditions dans lesquelles l’opération s’est déroulée et appelle l’opinion publique à « faire preuve de calme et de responsabilité ».
Elle demande surtout aux internautes de ne pas tirer de conclusions définitives à partir des seules images circulant sur les réseaux sociaux.
Roger Mibenge devrait, selon ses proches, « s’exprimer personnellement dans les prochaines heures » afin de donner sa version des faits et de préciser les circonstances de son arrestation.
À Kampala, le phénomène des « frappeurs » inquiète
Cette affaire intervient dans un contexte où Kampala est régulièrement citée comme une plaque tournante de certaines escroqueries financières visant notamment des étrangers et des commerçants engagés dans le commerce de l’or.
Des témoignages et récits circulant dans la région évoquent l’existence de réseaux surnommés les « frappeurs », impliqués dans diverses formes d’escroquerie. Certains seraient spécialisés dans les fausses transactions liées à l’or ou dans la fabrication de faux documents et de faux billets.
Des Congolais et des Nigérians sont notamment cités dans certains de ces récits, mais ces affirmations générales ne permettent évidemment pas d’établir une quelconque implication de l’ensemble des ressortissants de ces communautés dans des activités criminelles.
Certaines sources affirment également que ces réseaux disposeraient de relais dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Ces informations, qui circulent largement dans certains milieux d’affaires, doivent toutefois être vérifiées au cas par cas.
Les récits les plus spectaculaires, notamment ceux faisant état de trafic d’organes humains, ne peuvent pas être présentés comme des faits établis sans éléments judiciaires ou preuves indépendantes.
Une affaire qui pose encore beaucoup de questions
Pour l’heure, l’essentiel reste donc à établir par la justice ougandaise. Les accusations visant Roger Mibenge devront être étayées par des éléments de preuve et, le cas échéant, examinées par un tribunal.
L’affaire n’en nourrit pas moins les interrogations sur ces fortunes qui surgissent parfois très rapidement à Goma et ailleurs dans la région.
Car derrière les photos de voitures luxueuses et les mises en scène de réussite sur les réseaux sociaux, une question finit toujours par revenir : « Tout cet argent vient d’où ? »
Une question qui, cette fois, pourrait trouver une partie de sa réponse dans les prochaines étapes de la procédure judiciaire en Ouganda.

