La République démocratique du Congo poursuit sa campagne diplomatique pour faire avancer le processus de désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Après plusieurs capitales africaines, le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a présenté mardi 6 octobre à Dar es Salaam les avancées du processus à la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan.
Envoyé spécial du président Félix Tshisekedi, Floribert Anzuluni était accompagné du haut représentant du chef de l’État, Sumbu Sita Mambuene. Les échanges ont notamment porté sur la mise en œuvre du protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR et des groupes qui leur sont affiliés.
Selon le ministère congolais de l’Intégration régionale, la délégation a présenté à la présidente tanzanienne la feuille de route des prochaines étapes et sollicité l’accompagnement de la Tanzanie jusqu’à l’aboutissement du processus.
Cette rencontre s’inscrit dans une tournée diplomatique menée par Kinshasa auprès de plusieurs partenaires régionaux. Avant Dar es Salaam, la délégation congolaise s’était notamment rendue à Lomé, Luanda, Brazzaville, Bujumbura et Kampala. En Ouganda, lundi 5 octobre, Floribert Anzuluni avait également discuté avec le président Yoweri Museveni de la question des FDLR et du processus de paix dans l’est de la RDC.
Un protocole présenté comme une avancée
Kinshasa affirme avoir obtenu, en mai, la signature par les FDLR d’un protocole prévoyant leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement. Le gouvernement congolais a rendu cette avancée publique à la fin du mois de juillet, en la présentant comme un élément important de la mise en œuvre des engagements sécuritaires pris dans le cadre de l’accord de paix conclu avec le Rwanda sous médiation américaine.
Le protocole prévoit notamment le cantonnement des combattants dans des sites sécurisés, leur démobilisation et, à terme, la dissolution du mouvement. Il prévoit également un mécanisme de suivi associant des partenaires régionaux et internationaux.
Une possibilité de relocalisation dans un pays tiers est également envisagée pour les combattants qui ne souhaiteraient pas retourner au Rwanda, notamment en raison de préoccupations liées à leur sécurité. Kinshasa affirme par ailleurs que les personnes soupçonnées de crimes graves devront répondre de leurs actes devant une juridiction indépendante.
Selon une déclaration congolaise récente devant le Conseil de sécurité de l’ONU, plusieurs groupes affiliés ont également adhéré, le 29 août, au processus de reddition volontaire. Kinshasa affirme vouloir rendre le processus transparent et vérifiable, avec l’appui de la MONUSCO et de partenaires internationaux.
Kigali conteste l’approche congolaise
Le dossier reste toutefois sensible entre Kinshasa et Kigali.
Le Rwanda considère que l’accord de paix prévoit la neutralisation des FDLR, mais conteste l’approche congolaise consistant à mettre en place un protocole spécifique de désarmement, de démobilisation et de cantonnement. Kigali avait notamment qualifié l’annonce congolaise de juillet de « non-événement ».
Kinshasa défend au contraire le principe d’un désarmement volontaire. Pour le gouvernement congolais, la disparition de cette menace doit permettre de répondre à l’un des arguments sécuritaires avancés par Kigali pour justifier ses opérations militaires et sa présence dans l’est de la RDC.
Une étape importante pour l’accord de Washington
La question des FDLR constitue ainsi l’un des points sensibles du processus de paix entre la RDC et le Rwanda.
En multipliant les consultations avec les dirigeants de la région, Kinshasa cherche désormais à obtenir des garanties et un accompagnement extérieur pour la mise en œuvre du protocole. L’objectif est de rendre le processus suffisamment crédible et vérifiable pour qu’il puisse aboutir au désarmement effectif des combattants et, à terme, à la dissolution du mouvement.
Pour Kinshasa, le soutien de partenaires comme la Tanzanie est donc stratégique. La présidence de Samia Suluhu Hassan est appelée à jouer un rôle dans cette dynamique régionale, alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de ramener durablement la paix dans l’est de la RDC.
Par Farel Kalabula

