« J’appelle tous les autres combattants à déposer les armes et à venir se joindre aux FARDC pour défendre notre pays, au lieu de combattre pour un pays étranger. »
C’est le message lancé par Safari Mukengerwa Patrice, présenté comme l’un des combattants de l’AFC/M23 capturés par les Wazalendo lors des combats pour la reprise de Remeka, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu.
Son témoignage intervient au terme d’une nouvelle journée de combats dans le groupement Ufamandu 1er. Samedi 3 octobre, les FARDC, appuyées par plusieurs groupes Wazalendo, ont repris Remeka et plusieurs localités voisines après plusieurs heures d’affrontements avec les combattants de l’AFC/M23. Radio Okapi confirme notamment la reprise de Remeka, Muhororo, Kamuhobe et Mihano.
« Déposer les armes »
Face à la caméra après sa capture, Safari Mukengerwa Patrice s’adresse directement aux combattants restés dans les rangs de l’AFC/M23.
Son appel est sans ambiguïté : il leur demande de quitter le mouvement armé et de rejoindre les forces gouvernementales.
« J’appelle tous les autres combattants à déposer les armes, qu’ils viennent se joindre aux FARDC pour défendre notre pays au lieu de combattre pour un pays étranger », déclare-t-il.
D’autres combattants capturés auraient également adressé des messages à leurs anciens compagnons d’armes, les appelant à abandonner les combats.
Ces déclarations interviennent alors que la bataille de Remeka connaît un nouveau retournement.
Sept jours après, Remeka change encore de mains
L’AFC/M23 avait repris Remeka le 25 septembre dernier après de violents affrontements avec les FARDC et les Wazalendo.
Une semaine plus tard, le contrôle de la localité a de nouveau basculé.
Selon les sources militaires citées par Radio Okapi, les combats ont repris vers 4 heures du matin samedi. Vers 6 heures, une coalition d’environ cinq groupes Wazalendo, sous le commandement de Mutayomba Jams, avait repris Remeka ainsi que plusieurs localités du secteur.
Cette succession de prises et de reprises illustre la forte volatilité de la ligne de front dans cette partie du territoire de Masisi.
La localité avait déjà été reprise par les Wazalendo autour du 17 septembre avant de retomber aux mains de l’AFC/M23 huit jours plus tard.
Un secteur stratégique
Remeka n’est pas seulement une agglomération disputée pour des raisons militaires.
Sa position permet notamment de surveiller des axes en direction de Rubaya et de Ngungu, deux zones importantes du territoire de Masisi actuellement contrôlées par l’AFC/M23, selon Radio Okapi.
La bataille autour de Remeka s’inscrit ainsi dans une lutte plus large pour le contrôle des axes et des positions stratégiques du Masisi.
Les affrontements ont également des conséquences directes sur les populations.
Fin septembre, la société civile de Masisi faisait état de civils tués ou blessés et de nouveaux déplacements de population. Elle rapportait notamment des victimes liées à des attaques de drones et à des tirs de balles perdues.
Des combats qui continuent
Malgré la reprise annoncée de Remeka, la situation reste instable.
Des détonations étaient encore entendues samedi matin dans plusieurs villages environnants, selon les sources militaires citées par Radio Okapi. La reprise d’une localité ne signifie donc pas nécessairement la fin des affrontements dans les environs.
Les combats ont déjà provoqué d’importants déplacements dans le territoire de Masisi. En septembre, la société civile avait recensé au moins seize villages vidés de leurs habitants à la suite des affrontements entre l’AFC/M23 et les Wazalendo. Remeka figurait parmi les localités citées.
Le message d’un prisonnier au cœur de la bataille
Le témoignage de Safari Mukengerwa Patrice intervient donc dans un contexte où les lignes de front restent mouvantes et où les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements.
Son appel à déposer les armes constitue surtout le témoignage d’un combattant capturé, et non une confirmation indépendante des conditions dans lesquelles les autres combattants de l’AFC/M23 évoluent sur le terrain.
Pour l’heure, les combats se poursuivent dans plusieurs secteurs du Masisi et l’évolution de la situation autour de Remeka reste à surveiller.
Une chose est cependant certaine : après seulement une semaine de contrôle par l’AFC/M23, Remeka est de nouveau passée sous le contrôle des FARDC et des Wazalendo, tandis qu’un combattant capturé appelle désormais ses anciens compagnons à déposer les armes.
Par Joseph Kamwanga

