Après plusieurs semaines de révélations sur de supposées tensions au sommet de l’AFC/M23, les principaux responsables de la rébellion ont affiché, ce vendredi, une étonnante image d’unité.
Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC, Bertrand Bisimwa et Fred Kaniki apparaissent ensemble aux côtés de Sultani Makenga et Bertrand Byamungu, respectivement figures de premier plan de l’appareil militaire de l’ARC.
Une réunion suffisamment rare pour attirer l’attention, surtout après les informations publiées en septembre sur les tensions qui auraient opposé les responsables politiques et militaires du mouvement.

Une photo qui tombe à pic
Le timing est pour le moins symbolique.
Le 23 septembre, Africa Intelligence révélait l’existence de fortes tensions au sein de la direction de l’AFC/M23. Le média spécialisé évoquait un projet visant à remettre en cause l’autorité de Sultani Makenga et une possible réorganisation des postes politiques et militaires.
L’information a ensuite été reprise par plusieurs médias de la région. Afrique-One rapportait notamment qu’un projet de recomposition de la direction aurait été préparé, avec Jean-Marie Runiga envisagé pour le Sud-Kivu et Théo Binamungu pour le Nord-Kivu. Aucune confirmation officielle de l’AFC/M23 n’est toutefois venue établir publiquement l’ensemble de ces accusations.
D’autres publications ont parlé de « guerre de pouvoir » entre les composantes politique et militaire, tandis qu’au contraire rejeté l’idée d’une fracture au sommet et affirmé, après ses propres vérifications, qu’il n’existait pas de division au sein de la direction.
Autrement dit : le conflit interne reste allégué, contesté et difficile à vérifier indépendamment.
Mais une chose est désormais visible : les principaux responsables savent aussi se retrouver autour d’une même table.
Et soudain, tout le monde est là
La réunion intervient dans un contexte particulièrement sensible : six nouveaux cas d’Ebola ont été signalés dans des zones contrôlées par l’AFC/M23, selon les informations rapportées par Reuters. Quatre de ces cas auraient été identifiés après le décès des patients.
La rencontre devait donc porter sur l’urgence sanitaire et sur la nécessité de renforcer la réponse face à la propagation du virus.
Mais politiquement, l’image raconte autre chose.
Quelques jours seulement après les révélations sur les supposées fissures au sommet, voilà réunis ceux que les différents récits médiatiques plaçaient dans des camps ou des cercles de pouvoir distincts.
La rébellion donne ainsi à voir son état-major presque au complet.
La guerre des chefs peut donc attendre. Ebola, apparemment, a réussi à organiser la réunion que la politique n’arrivait peut-être plus à organiser.
Une vieille histoire qui ressurgit
Les tensions actuelles rappellent forcément l’histoire mouvementée du M23.
En 2013, Sultani Makenga avait destitué Jean-Marie Runiga de la direction politique du mouvement. Cette décision avait provoqué une véritable scission entre les partisans de Makenga et ceux de Runiga et Bosco Ntaganda. Radio Okapi avait alors documenté la confusion provoquée par cette crise au sein de la rébellion. (Radio Okapi)
Treize ans plus tard, le nom de Runiga est justement réapparu dans les informations faisant état d’une possible recomposition de la direction de l’AFC/M23.
Africa Intelligence affirme qu’une tentative de remise en cause du pouvoir de Makenga aurait été déjouée. Critical Threats, qui reprend ces informations, rapporte qu’une enquête interne aurait notamment porté sur Théo Binamungu et sur des projets de redistribution des responsabilités. (Africa Intelligence)
Mais là encore, prudence : ces éléments reposent principalement sur des informations attribuées à des sources internes et ne constituent pas, à eux seuls, la preuve publique d’une guerre ouverte au sommet.
L’image contre les rumeurs
C’est précisément ce qui rend la nouvelle réunion intéressante.
Si les tensions décrites par plusieurs médias existent réellement, la présence simultanée de Nangaa, Bisimwa, Kaniki, Makenga et Byamungu peut être lue comme une démonstration de cohésion.
Si, au contraire, la direction de l’AFC/M23 estime que ces informations ont été exagérées, cette apparition collective constitue une réponse visuelle particulièrement efficace.
Une photo, cinq dirigeants, une urgence sanitaire et un message implicite : « nous sommes toujours ensemble ».
Reste une question que la photographie ne permet évidemment pas de trancher : être assis à la même table signifie-t-il que les divergences ont disparu, ou simplement que chacun a intérêt, pour le moment, à afficher l’unité ?
Pour l’instant, impossible de le conclure.
Une chose est certaine : après avoir laissé les médias raconter les fissures de leur maison, les principaux responsables de l’AFC/M23 viennent d’en montrer la façade fraîchement repeinte.
Et, cette fois, Ebola aura eu droit à une réunion que la paix interne n’avait peut-être pas réussi à obtenir.
Farel Kalabula

