Le tribunal militaire de garnison d’Uvira a condamné à mort 27 militaires de la Garde républicaine pour « lâcheté devant l’ennemi », au terme d’un procès en flagrance consacré à l’abandon de positions stratégiques sur les hauteurs de Malimba et Masangu.
Le verdict est tombé vendredi 2 octobre 2026 à la prison centrale d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Au total, 112 militaires du 21ᵉ bataillon Simba des FARDC étaient poursuivis devant la juridiction militaire.
Selon les éléments rapportés par Radio Okapi, les prévenus étaient accusés notamment d’avoir abandonné ou insuffisamment assuré la défense de positions militaires stratégiques dans la nuit du 22 au 23 août 2026, alors qu’ils étaient déployés pour sécuriser les hauteurs surplombant la ville d’Uvira.
27 militaires condamnés à la peine capitale
Au terme des audiences, le tribunal a retenu l’infraction de « lâcheté devant l’ennemi » contre 27 militaires et les a condamnés à la peine de mort.
Le jugement ne concerne toutefois pas l’ensemble des 112 prévenus de la même manière.
Cinquante-quatre militaires ont été condamnés à cinq ans de servitude pénale pour violation des consignes. Dix autres ont écopé de six mois de servitude pénale pour la même infraction.
À l’inverse, 21 militaires, parmi lesquels cinq femmes, ont été acquittés, le tribunal estimant que les preuves réunies contre eux n’étaient pas suffisantes.
Le verdict établit ainsi trois niveaux de responsabilité pénale retenus par la juridiction militaire, tandis qu’une partie des prévenus a été mise hors de cause.
Des positions jugées stratégiques
Au centre du procès se trouve l’abandon ou la mauvaise défense de positions situées sur les hauteurs de Malimba et Masangu.
Ces positions avaient été confiées aux militaires du 21ᵉ bataillon Simba dans le cadre du dispositif de sécurisation de la zone d’Uvira.
Les faits reprochés se seraient produits dans la nuit du 22 au 23 août. Le tribunal devait notamment déterminer les responsabilités individuelles des militaires dans la perte ou la mauvaise tenue de ces positions.
Le dossier intervient dans un contexte militaire particulièrement tendu dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, où les FARDC sont engagées dans des combats contre l’AFC/M23 et ses alliés, avec l’appui de combattants Wazalendo.
Un nouveau procès contre des militaires à Uvira
Ce verdict intervient moins d’un mois après une autre condamnation prononcée par le même tribunal.
Le 4 septembre 2026, 18 militaires du bataillon Simba avaient déjà été condamnés à mort pour « lâcheté au front ». Le ministère public avait requis la peine capitale contre l’ensemble des prévenus, et le tribunal avait suivi ces réquisitions.
Ces procédures judiciaires traduisent la volonté des autorités militaires et judiciaires de poursuivre les soldats accusés d’avoir abandonné leurs positions ou de ne pas avoir respecté les consignes opérationnelles.
En juillet 2024 déjà, le tribunal militaire de garnison de Lubero avait condamné des militaires poursuivis pour fuite devant l’ennemi. Dans l’un des dossiers, la justice militaire avait notamment retenu la « lâcheté devant l’ennemi » après l’abandon d’une position face à l’avancée du M23.
La peine de mort toujours prononcée
La condamnation des 27 militaires intervient alors que la peine capitale continue d’être prononcée par les juridictions militaires congolaises.
La RDC avait levé en 2024 le moratoire de fait qui empêchait l’exécution des condamnations à mort depuis plusieurs années. Depuis cette décision, plusieurs tribunaux militaires ont prononcé des peines capitales dans des affaires liées notamment à la sécurité nationale et aux opérations militaires.
En 2024, la justice militaire avait notamment requis puis prononcé des peines de mort dans plusieurs dossiers liés à la tentative de coup d’État du 19 mai.
Le prononcé d’une condamnation à mort ne signifie toutefois pas, à lui seul, qu’une exécution a eu lieu ou aura immédiatement lieu. Les procédures judiciaires et les éventuels recours doivent être distingués du prononcé du jugement.
Un contexte militaire toujours tendu dans le Sud-Kivu
Le procès d’Uvira se déroule alors que les combats restent actifs dans plusieurs secteurs du Sud-Kivu.
Début septembre, les FARDC avaient annoncé la reprise de Masango et de plusieurs positions dans les hauts plateaux d’Uvira et de Fizi, après des affrontements avec l’AFC/M23 et ses alliés. L’armée avait alors fait état de combattants neutralisés et de plusieurs autres redditions.
En juillet, les autorités militaires avaient également annoncé une offensive dans les hauts plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga afin de reprendre plusieurs positions passées sous contrôle de groupes rebelles.
Cette pression militaire explique le contexte dans lequel les positions de Malimba et Masangu étaient occupées par les unités concernées au moment des faits jugés.
21 militaires acquittés
Le verdict rendu vendredi ne constitue donc pas une condamnation collective des 112 militaires poursuivis.
Le tribunal a acquitté 21 prévenus, dont cinq femmes, en raison de l’insuffisance des preuves retenues contre eux.
Au total, le jugement se répartit ainsi :
- 27 militaires : peine de mort pour « lâcheté devant l’ennemi » ;
- 54 militaires : cinq ans de servitude pénale pour violation des consignes ;
- 10 militaires : six mois de servitude pénale pour violation des consignes ;
- 21 militaires, dont cinq femmes : acquittement faute de preuves suffisantes.
Ce verdict intervient alors que l’armée congolaise fait face à une pression importante sur plusieurs fronts de l’Est du pays. Il met également en lumière la volonté de la justice militaire de rechercher les responsabilités individuelles lorsque des positions stratégiques sont perdues ou abandonnées dans le cadre des opérations.
Pour les 27 condamnés à mort, les éventuelles suites judiciaires dépendront désormais de la procédure applicable après le prononcé du jugement.
