Deux ans après son retour en République démocratique du Congo, Héritier Luvumbu se retrouve au cœur d’un nouveau bras de fer financier avec l’AS Vita Club. L’ancien international congolais réclame 62 500 dollars américains d’arriérés, alors que le club affirme que la prise en charge de sa rémunération relève de la présidence de la République.
Selon une mise en demeure adressée le 6 août 2026 à l’AS Vita Club par l’avocat du joueur, Me Thomas Joseph Bodiong, la dette s’élève précisément à 62 500 dollars. Elle comprend 55 000 dollars correspondant à onze mois de salaire impayé, sur la base d’une rémunération mensuelle de 5 000 dollars, ainsi que 7 500 dollars représentant la deuxième tranche de sa prime de signature.
Le contrat aurait été conclu pour deux saisons à partir du 1er juillet 2024, avec une prime de signature totale de 15 000 dollars et un salaire mensuel fixé à 5 000 dollars. L’avocat avait accordé au club un délai de quinze jours pour régulariser la situation, faute de quoi les instances compétentes pourraient être saisies.
Une responsabilité renvoyée à la présidence
Le dossier prend toutefois une tournure particulière avec la position attribuée à l’AS Vita Club. La direction du club soutient que le paiement du joueur ne relèverait pas entièrement de ses propres ressources et renvoie la responsabilité vers la présidence de la République.
Cette justification intervient alors que le retour de Luvumbu à V.Club avait lui-même été présenté comme lié au contexte particulier de son départ du Rwanda.
En février 2024, Luvumbu avait quitté Rayon Sports après avoir célébré un but par un geste destiné à dénoncer les violences dans l’Est de la RDC. À son retour à Kinshasa, il avait été accueilli par des responsables congolais, dont le ministre des Sports de l’époque, François Kabulo, ainsi que par des dirigeants de V.Club. Le club avait ensuite officialisé son retour.
Radio Okapi rapportait alors que Luvumbu avait signé un précontrat avec V.Club avant son intégration officielle.
Une promesse présidentielle au cœur du dossier
La question de l’implication de l’État n’est pas nouvelle.
En janvier 2026, alors que la situation financière du joueur faisait déjà polémique, l’ancien député provincial Mike Mukebayi avait publiquement interpellé le gouvernement sur son cas. Plusieurs médias congolais rapportaient alors que Luvumbu n’était plus rémunéré depuis plusieurs mois.
Quelques jours plus tard, le joueur a été reçu par le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu. Selon le compte rendu publié à l’époque, le ministre avait indiqué que le dossier avait été transmis au chef de l’État et que Luvumbu devait être reçu à un niveau supérieur.
Cette version est importante pour comprendre le différend actuel : si l’État avait effectivement pris un engagement particulier concernant la situation du joueur, il reste à établir publiquement la nature exacte de cet engagement, son contenu financier et surtout l’identité de l’entité juridiquement responsable du paiement.
Car, sur le plan contractuel, la mise en demeure actuellement rapportée vise bien l’AS Vita Club.
« Je suis abandonné »
La situation personnelle du joueur avait déjà suscité l’inquiétude au mois d’août.
Dans une intervention diffusée sur TikTok, Luvumbu avait déclaré n’avoir reçu aucun soutien financier depuis son retour à Kinshasa. Il s’était également interrogé sur le sort des promesses qui lui auraient été faites après son geste au Rwanda.
« Je suis là, abandonné à mon triste sort », avait-il notamment déclaré, selon Africa Top Sports, en évoquant une situation devenue difficile après deux années d’attente.
Ces déclarations permettent de mesurer l’écart entre le symbole que le joueur était devenu en 2024 et sa situation actuelle.
Un paradoxe pour V.Club
L’argument financier avancé par le club soulève également des questions sur la gestion de l’AS Vita Club.
En septembre 2025, le président de V.Club, Flory Mapamboli, reconnaissait déjà les difficultés financières de l’institution. Il évoquait notamment la nécessité de revoir le modèle économique du club et de mettre en place un système d’autofinancement. Il avait également annoncé la fin du partenariat avec son partenaire turc, avec la volonté de transformer cette relation en partenariat de sponsoring.
Les difficultés financières de V.Club ne sont donc pas nouvelles. Mais le dossier Luvumbu pose une question différente : qui doit finalement payer les sommes prévues dans le contrat du joueur ?
D’un côté, l’ancien Léopard réclame l’exécution de ses engagements financiers. De l’autre, le club renvoie vers la présidence de la République. Entre les deux, aucune clarification publique complète sur le mécanisme de prise en charge n’a, à ce stade, permis de mettre définitivement fin au différend.
Une affaire qui dépasse le football
L’affaire Luvumbu ne se résume donc plus à une simple dette salariale.
Elle renvoie à un épisode particulièrement sensible de l’histoire récente du football congolais : celui d’un joueur sanctionné au Rwanda après un geste de protestation lié aux violences dans l’Est de la RDC, accueilli en héros à son retour, puis intégré à V.Club.
Deux ans plus tard, le même joueur réclame 62 500 dollars et affirme se retrouver dans une situation précaire.
Le montant est précis. Le contrat est présenté comme existant. La mise en demeure fixe une dette et un délai. Ce qui demeure flou, en revanche, c’est la chaîne de responsabilité entre le club, les dirigeants qui ont négocié le contrat et les engagements éventuellement pris par les autorités congolaises.
Une clarification officielle permettrait donc de répondre à une question simple : si la présidence devait effectivement assurer la rémunération de Luvumbu, sur quelle base et par quel mécanisme cette obligation devait-elle être exécutée ?
En attendant, l’ancien Léopard reste face à une créance de 62 500 dollars qu’il réclame à son ancien club, tandis que V.Club affirme ne pas disposer des moyens nécessaires pour l’assumer seul.
Par Farell Kalabula

